Comme un chien
Roman

«Il ne voulait, ne pouvait pas penser à ce mois de juillet 95. Le visage d’Alex flottait devant lui comme un orage. Comment ces yeux qu’il aimait tant pouvaient-ils lui adresser de tels reproches, le dévisager avec tant d’amertume ? Comment son souvenir avait-il pu moisir à ce point? Ses traits déformés prenaient l’apparence d’un masque. Tous ces morts, cette hécatombe, tout ce sang. Son impuissance.»

Thomas – un photographe de renom – doit se rendre au chevet de sa sœur malade, dans les Préalpes suisses. À mesure qu’un hiver boueux l’engloutit, les fantômes du passé prennent le dessus : ceux d’un père génial et austère, d’une vie sentimentale paradoxale et d’un ami trop tôt disparu, écrasé par la fureur du monde. Seule l’amitié d’un jeune homme surdoué, prénommé Mork, semble lui redonner le goût de vivre. Mais est-il vraiment possible d’échapper au poids des années ?

Presseschau

« Le pour qui, le pour quoi, le vraisemblable, on s’en fiche. Comme dans un bon tirage, le cadre importe peu. C’est la mise en lumière qui compte, le cadrage, et le message qui découlera de cet instant figé. Un beau roman donc, à la fin un peu rapide, un peu attendue, mais qui sait offrir de bien belles images à qui sait les apprécier ». (Amandine Glévarec, litterature-romande.net, 01.07.2015)

« Au final, Comme un chien est un huis-clos réussi qui se lit avec un mélange de plaisir et d’une pointe de frustration. C’est, si l’on peut dire, un livre très suisse: le rythme est plutôt lent, le ton très introspectif, le regard porté sur la campagne romande est à la fois caustique et bienveillant. On y retrouve aussi la dénonciation d’un certain “soft- fascisme suisse”, cette propension des petits fonctionnaires à suivre les ordres. Très suisse enfin, son édition bilingue, à la fois en italien et en français, la traduction ayant été réalisée par l’auteur lui-même ». (Julien Sansonnens, blog.jsansonnens.ch, 06.08.2015)

« Démarrant dans une atmosphère intime, le roman se transforme en polar. Bien écrit, le récit dresse quelques portraits désopilants, comme lors du Nouvel-An au gymnase: “Les dames aux tartes étaient alignées en costume traditionnel. (…) Elles proposaient des gâteaux glaireux, comme si une armée d’escargots avait passé sur les tables garnies”». (Marianne Grosjean, « La Tribune de Genève », 28.08.2015)

Kurzkritik

Thomas De Martino, photographe célèbre, en se rendant au chevet de sa soeur malade, part à la découverte de lui-même, de sa mémoire, de son désarroi, de toute sa vie que celle des autres fait miroiter. En rencontrant un jeune homme étrange et brusque qui vit essentiellement dans le présent, Mork, Thomas reprend provisoirement goût à la vie par la curiosité que celui-ci lui inspire. Tout un questionnement sur la photographie et, plus largement, sur le rôle de l'art dans nos vies renaît sous le regard de ce personnage principal: ses incidences sur le réel et les images que nous nous en faisons.  Pierre Lepori déploie aussi dans ce roman bref au déroulement surprenant, deux chapitres, un long et un très court, l'angoissante thématique du temps et, comme dans ses autres livres, celle de la violence interindividuelle qui pousse les hommes jusqu'au crime. Que sommes-nous si nous ne sommes pas que des images folles qui se succèdent ou se bousculent jusqu'à se faire mourir, jusqu'à en mourir? (Françoise Delorme)