Sorbet d'abysses
Roman

Lorsque la famille du brillant philosophe Égault Lévy apprend qu’il est atteint d’une maladie de démence, le monde manque de s’écrouler. Shirley, sa femme soumise, ainsi que ses trois enfants sortent alors de leurs retranchements. Subir ou ne pas subir ? Accepter ou se révolter ? Chacun va être invité à modifier sa façon de voir la vie face à cette descente dans les entrailles de la mémoire et du langage. La maladie cache dans ses souffrances des portes de sortie étonnantes.
Scènes cocasses, éclats de bonheur, de rire… Une remise en question salutaire face à la débandade du langage et de la mémoire.

(Présentation du roman, éditions Luce Wilquin)

Kurzkritik

Dans son quatrième roman, Sorbet d'abysses, Véronique Emmenegger se place derrière Shirley, une épouse loyale en même temps que traductrice et assistante de son mari, Egault, éminent philosophe et père de famille écrasant. Ce dernier entre dans la démence. Shirley est prévenue: «c'est une attaque au ralenti [...] on a le temps de s'adapter, de voir venir.»
Par petites touches impressionnistes tout en nuances douce-amères à l'image des saveurs acidulées qui pétillent au fil des pages, le roman suit la chronique de cette métamorphose paradoxale. Celle d'un homme qui incarnait le Verbe et qui perd l'usage des mots. Celle d'une fratrie «mithridatisée» qui se ressoude sans amertume pour lui prêter secours. Et celle d'une femme, soumise, qui à mesure que son mari s'éteint, s'ouvre à la vie au point de partir à l'autre bout du monde.
Cependant, comme Shirley porte le récit, sa désertion laisse un vide et la dernière partie du roman paraît un peu forcée. Ceci étant et malgré des images poétiques parfois malaisées, les personnages restent profondément attachants grâce à leur humanité pétrie de contradictions dont ils s'amusent les uns des autres. Car, en toute circonstance, «la vie reprend et ronronne vénéneusement». (Marianne Brun)