L'Orée
à l’orée du silence / la saveur des mots / s’éternise
Ainsi s’achevait le premier recueil de Philippe Rebetez. Au fil de Traces, paru en 2009, on pouvait lire:
mots perdus
à la lisière du réel et tant de rencontres
en lisière d’intimité.
La lisière? L’orée? Pas étonnant que ce mot bref, qui ruse avec oreille, devienne le titre de son nouveau livre. Il y a une poésie qui se jette au coeur des fourrés, traverse les forêts, débusque. Celle de Rebetez demeure en retrait:
J’effleure
de ma plume
des mots
couvant
sous la cendre.
Baguette de sourcier, elle tremble au-dessus de la source cachée, attentive:
Je pose mon oreille
contre l’écorce du hêtre
percevoir
l’aubier
faire son oeuvre.
L’aubier: la vie. Celle des humbles choses, des petites gens, de ceux qui attendent la fin, perdus au milieu de nulle part:
elle tenait
une vieille boîte
dans laquelle elle rangeait précieusement
une petite girafe
à ceux qu’elle rencontrait
elle présentait
la boîte et la girafe
il n’y avait plus de mots pour dire.
Tout l’art discret, secret, de Philippe Rebetez est dans ces lignes.
(Denise Mützenberg, Editions Samizdat, 2013)