Pierres que la mer a consumées Notes sur la peinture de mon père. Poème
Dans ces notes sur la peinture de son père, à la fois suite de fragments et chant d’un seul tenant (mais chant comme haletant!), la vie, furtive, multiple, brûlante, drôle, tendre et forte, l’emporte sur le désespoir:
«Peindre, dès lors : comme ouvrir grand la fenêtre - reflet du ciel bleu pâle sur sa peau couleur de cire - ou chuchoter à l’oreille du mourant que le monde existe.»
La poésie de Laurent Cennamo, elle aussi, va jusqu’au bout. S’approche du seuil ultime.
(Denise Mützenberg, Editions Samizdat)
Deux œuvres à résonance autobiographique. Si la première évoque son enfance, la seconde s’attache à la peinture de son père, Fausto Cennamo. Cinq de ses toiles sont au centre du livre, l’une s’affiche en couverture: des œuvres abstraites où les matières (papier kraft, carton, colle) forment des paysages, des déserts, des figures, et où les formes (angles, arrondis, aplats et épaisseurs) tour à tour s’attirent et se repoussent dans un jeu magnétique dont les lignes de force semblent dictées par la lumière. Une œuvre intime, où le «réel» ne pénètre pas: «Postmoderne ici ne veut rien dire, moins que les sillons que certains insectes creusent dans les branches pourries, les branches mortes.» Pour entrer dans ces tableaux, Laurent Cennamo laisse surgir les images. [...] L’auteur convoque également des souvenirs d’enfance, les siens et ceux de son père, en Italie; il cite Gustave Roud et Philippe Jaccottet, Tolstoï ou Zola, mais aussi les vers italiens de Giuseppe Ungaretti et d’Umberto Saba. La mort est présente, le seuil, et la fragile condition humaine. «Draps tachés de sueur (ombres géantes – ou grands nuages – contre la paroi du fond de la caverne, bougeant à peine). Le primitif, le préhistorique. Reflets rougeâtres. L’homme, ici: réduit à presque rien – minuscule animal tremblant de peur, bourré de larmes, assis dans le fond humide et sombre, anéanti.» Mais cette présence de la peinture à la douleur, à la fin, n’empêche ni la lumière ni l’élan. [...] Et à travers les émotions que ces toiles suscitent en lui, c’est aussi de son père que parle Laurent Cennamo, et de leur lien. Ainsi s’esquisse en filigrane le portrait de cet homme réservé arrivé d’Italie. C’est sans doute grâce à son art qu’il a pu «tenir», écrit le fils, «traverser quarante années de Migros – ce vrai ‘fleuve des enfers’ – en ressortir vivant, encore jeune (plus jeune encore, si c’est possible, plus frais, frétillant)». En offrant ses mots à ce territoire immense qu’a créé son père, l’auteur lui rend un bouleversant hommage. (Anne Pitteloud, Le Courrier, 8 mars 2014)