La Barrière des peaux Roman
Elle veut quelque chose de beau, avec un jardin pourquoi pas, ou bien la vue sur l’eau calme. Mais ce n’est pas obligatoire. Elle ne comprend d’ailleurs pas pourquoi les gens d’ici donnent une si grande importance au paysage. Cette eau devant les montagnes comme un étang coagulé de larmes, prête à sombrer sans bruit, à elle, Luna, ça ne lui fait rien. Elle préfère la mer qui est un muscle, rude, puissant, qui arrache à soi, qui prend le corps de dessous. Ce qu’elle aime, c’est ce qui découpe dans la peau des morceaux de soi.
Avec Rémi, ils viennent d’acheter un appartement-terrasse en ville. Enfin un nid pour eux deux, après tous les voyages de Rémi avec l’orchestre. Enfin le silence. Du temps pour s’inventer quelque chose à elle, Luna. Pour se vider. Dans le journal c’était écrit «Pavillon en bois au centre-ville pour amoureux des arbres obscurs». Ils ont signé le contrat peut-être trop rapidement, ayant fait un soir clandestinement le tour du pavillon.
(Claire Genoux, La Barrière des peaux, Bernard Campiche 2014)