Mémoires ébouriffées Ma vie, mes reportages
«J’ai dû en franchir des barrières, des murs, des frontières, des pays, des préjugés et les aspects plus ou moins avoués du machisme.» Reporter, écrivaine et photographe, Laurence Deonna s’inscrit dans la lignée des grandes voyageuses: Isabelle Eberhardt, Ella Maillart, Anne-Marie Schwarzenbach. Née en 1937, elle leur succède. Autre temps. Autre parcours de vie. Un point commun: l’aventure. Vient s’y ajouter la franchise qui est le luxe de sa génération: une femme qui peut tout dire, ou presque, et même s’étendre sur ses amours-qui-ne-durent-pas-toujours. Son irrésistible sens de l’humour, joint à une volonté inoxydable, lui ont permis de survivre tant aux tragédies familiales, qu’à celles, parfois insoutenables, du terrain du reportage. Son éditrice l’a définie ainsi: «Ce n’est pas qu’une journaliste, c’est une créatrice.» Un fil rouge tisse ces Mémoires empreintes à la fois de légèreté et de gravité: le pacifisme, l’empathie et la compassion, particulièrement envers les femmes. Vétérane des années 60, Laurence Deonna a parcouru en solitaire des pays devenus depuis périlleux. Elle a connu des situations cocasses, comme de réussir à émouvoir le Conseil des Ministres du Yémen, en leur chantant «Les Feuilles Mortes» de Prévert et Kosma. Des situations hasardeuses, comme d’être la seule, en 1984, à pénétrer la redoutable prison politique d’Evine, à Téhéran. Elle s’est trouvée face à de cruels chefs d’Etat, comme Idi Amin Dada et Saddam Hussein, ou d’autres encore de la même veine sanglante. «Les êtres lumineux étaient souvent des sans-grades, eux restent dans mon cœur», dit-elle.
(Présentation du livre, éditions de l'Aire)