La Nuit accoutumée
Proses

Pierre Voélin aborde, dans une suite de méditations, tantôt brèves et concentrées, tantôt fragmentaires, diverses et inquiètes, les questions les plus actuelles de notre présent en décomposition. Il attire notre attention sur le sens des mots, l'emploi juste et cohérent d'un langage capable de relier entre eux les hommes, les dieux, le monde. Travaillant au champ de mémoire, il sait que les mots se prêtent au pire mensonge et que c'est par là qu'Auschwitz a commencé.

Il éveille notre vigilance sur la terreur régnante, aussi ordinaire qu'autoritaire, qui brise le temps et la mémoire, tue la sensibilité, compromet le silence et le rêve, même rassure à court terme.

Il propose une manière autre d'être présent au monde: les yeux ouverts sur le proche et le quotidien – merles et moineaux, herbes et poussières des routes –, un souci du silence et de la prière – comme du pain et du sel posés sur la table –, la «recherche d'une vérité de survie».
ll s'appuie, lui, sur l'exemple d'Antigone, de Mandelstam ou de Charlotte Delbo, le vent salubre de Rimbaud, la royauté oblique et secrète de Charles-Albert Cingria. À sa suite, que chacun crée ses propres litanies afin d'inventer un espace solidaire où s'activerait une «main couturière».

D.J.

Presseschau

Poète aux origines jurassiennes et à la moustache incisive, Pierre Voélin nous livre avec La Nuit accoutumée une pensée en marche, intense et inquiète.
[...] De Sarajevo au rôle de la poésie aujourd'hui [...] Voélin nous prête son regard inconsolable, pudique, plein d'une empathie presque lyrique. [...] (L’Hebdo, 30.05.2002)

Voélin, autoportrait en pourfendeur
[...**Connu jusqu'ici surtout comme poète à la parole exigeante, qui ne craint pas de creuser le silence et d'éprouver le lecteur, l'intellectuel nous revient aujourd'hui avec un essai.
C'est une suite de méditations, de proses fragmentées, fruit d'une réflexion inquiète sur l'Histoire, son long cortège de barbarie, et notre présent menacé de décomposition. Il y a chez ce poète de la frontière, natif de Porrentruy et enseignant de longue date à Fribourg, un petit côté Léon Bloy, écorché vif au verbe mystique, contempteur des lâchetés et conformismes d'aujourd'hui. [...] (
Alain Favarger**, La Liberté, 01.06.2002)