Les Radieux
Roman

Les jours heureux, les gens heureux, il y en a encore tant. Tous si jeunes. Comme ce gamin, l’autre jour, au supermarché. Il m’a ému. La profondeur de ses yeux lorsque nos regards se sont croisés. Marron doux. Comme un marron d’automne, celui qu’on choisit de ramasser parmi des dizaines d’autres tombés de l’arbre, préféré parce qu’il a quelque chose, une lueur que les autres n’ont pas, n’ont plus. Et bien ce gamin, il avait dans l’œil une lueur de beau marron doux. Je dis gamin, ce sont tous des gamins, des gamines maintenant. Leur jeunesse est si différente de la mienne, et même de celle de notre fille. Quel âge donner à ce garçon? Je ne sais plus lire les âges.

(Marie Perny, Les Radieux, L'Aire 2014)

Kurzkritik

«C'est un gamin paumé qui a seulement besoin de croiser un peu de beauté sur sa route. La beauté nous guérit mais il n'en sait rien» dit le peintre Maurice Saltier dont le gamin en question, Bryan, a mis le feu à l'atelier. Et cet homme s'y connaît en beauté, lui qui se laisse absorber par la couleur d'un regard, d'un iris ou d'un ciel.
A l'issue du procès du gamin, il lui offre un dessin – son portrait – et, pour l'aider, il décide d'entrer en contact avec sa mère, Salima. Il se rend dans la cité où elle vit et entend apprivoiser les lieux et les gens en leur montrant sa peinture. Là, malgré un nom engageant – les Radieux – , la beauté n'a pas de prise. Il n'y a que des lignes et la peaux noires des enfants oblige le vieux peintre à regarder autrement. Il se concentre sur les ombres. Mais ces gens rugueux le mettent inlassablement face aux limites de son art et de sa bienveillance. Et il ne saura pas apaiser la colère de Bryan lorsqu'il lui rendra visite au foyer.
Par fragments, croquis ou esquisses, chaque personnage prend la parole pour raconter cette tragique histoire de choc culturel dont l'originalité et la beauté littéraire résident dans l'évocation du travail du peintre. (Marianne Brun)