Paravalanches

On voudrait avoir la légèreté d’un papillon – Tabac d’Espagne ou Demideuil – pour effleurer ce texte sans le déflorer. Sans décider d’une clé de lecture parmi les multiples possibles.
Récit? Suite de proses poétiques? Roman bref? Sibylle Monney a préféré le considérer comme un poème, au singulier.
Ode aux quatre éléments? Ou décor de roc, de neige, de lac et de ciel, voire de métal et de béton, dans lequel évoluent une poignée de personnages bien découpés: un grand-père, une grand-mère, un père, un enfant et son frère. Au milieu d’objets à la fois familiers et symboliques: une lessive suspendue, un pont, un tracteur, une boîte d’allumettes.
On pense à ces images de jadis où le chat, le soldat ou la jeune fille sont cachés dans l’arbre. Mais qu’est-ce qu’on cherche ici qu’on voit partout?
Qui, plutôt?
Enigme tendre et poignante. Servie par une écriture nette et dépouillée, efficace, pointée comme une caméra.
Premier livre d’une auteure pas pressée qui a pris le temps de travailler sa voix et de la laisser mûrir.

(Denise Mützenberg, Editions Samizdat)

Kurzkritik

Voir le «Fokus» de Françoise Delorme, Cinq poètes pour l'été (Viceversalitterature.ch, 28.07.14)

[...] Dans Paravalanches, de Sybille Monney, au contraire, aucun lyrisme débridé. Une langue nue, claire, très ordinaire, veille à rester au plus près d'un réel pas toujours facile – deuil et désillusions sont au rendez-vous. Il se lève de ces proses très précises, quasi littérales si l'on veut dire par là qu'elles n'offrent en apparence pas de lecture symbolique, une sorte de sens affiné. On imagine de tels fragments plutôt comme les morceaux d'un seul poème à trous, une sorte de célébration du monde et de la vie, de la lutte et des pertes qu'elle impose à chacun, sans peur de ne pas réussir. La poète regarde, elle écoute, observe, se souvient et désire, cherche une musique juste. C'est par la sobre évocation de sentiments et d'aventures enfantines, banales, fragiles et étonnées, que le lecteur pénètre avec une curiosité avivée dans une expérience toute humaine des mots, de la montagne, de la forêt, des autres:

Les chaussures des enfants ne vieillissent pas.

Il est alors possible de construire un barrage plus ou moins sûr, provisoire. Il aura tenu, un peu, assez pour que le mot «vivre» prenne sens en se nourrissant d'un apprentissage singulier et solitaire de la langue, du partage de la difficulté d'être et de rester vivant, de «continuer. [Et de] Faire avec l'absence une présence.» [...] (fd)