Le parole che so / Les mots que je sais
E parlavamo mille lingue tutte
Ugualmente pulverulente pronti
A crivellarlo di colpi gli abbiamo
Dato una voce
inutile
Si è tuffato da sempre in uno slargo
di sangue
Et nous parlions mille langues toutes
Également pulvérulentes prêts
À le cribler de balles nous lui avons
Donné une voix
inutile
Il a plongé depuis toujours dans une aire
de sang
Leopoldo Lonati est un poète de la raréfaction qui exprime l’émotion dans une fulgurance où la langue est condensée au plus haut point. Ce recueil qui explore parfois des voies réflexives et qui s’ouvre à une poétique où, par exemple, l’usage de la forme du requiem est bousculé et où les déplacements d’une langue sont marqués par une tension verticale comme dans «l’Office des ténèbres» qui conclut le recueil. Ainsi des envolées lyriques presque mystiques se trouvent contrebalancées par des chutes ironiques. (Pierre Lepori)
Voir le «Fokus» de Françoise Delorme, Cinq poètes pour l'été (Viceversalitterature.ch, 28.07.14)
[...] Le cri jaillit aujourd'hui du livre de Leopoldo Lonati Le parole che so / Les mots que je sais, traduit de l'italien avec fidélité par Mathilde Vischer et Pierre Lepori qui signe une postface informée et passionnée. Une douleur nette, écrite au plus près de la violence de la vie et du désir de lumière (d'apaisement? de consolation? je préfère imaginer un appel de clarté), se noue et se tord dans des poèmes d'une rare intensité, à la fois triviale, incarnée et très cérébrale:
Cette envie mais cette envie de
Grimper le long de mon dos
Me faire une idée de ce qu'étaient
Les vertèbres mes vertèbres
Savoir quel goût avait la moelle épinière
Que ce livre soit d'inspiration ouvertement religieuse, adressé à un dieu silencieux incompréhensible et incompris, n'empêche pas la force poétique des textes ici rassemblés d'atteindre une puissance telle qu'elle déploie par ellipses successives, par rapprochements improbables, par revirements imprévisibles, une très haute teneur de pensée et de sensibilité qui perturbera et transformera chaque lecteur. Chaque poème est le fruit d'un grand travail sur le langage, sur ce qu'il ouvre et ce qu'il cache, d'une interrogation poignante sur un silence existentiel déchiré et déchirant, d'une quête, parfois insensée, qui persiste. [...] (fd)