Les Prétendants
Dans cette ville, tous désirent tenter leur chance, se présenter devant la porte. Une fois qu'on l'a franchie, disent-ils, après le noir des couloirs, on entre dans une lumière jaune et un bonheur absolu. Pourtant personne n'est revenu de l'autre côté, seuls réapparaissent – méconnaissables – ceux qui ont échoué. Cette fois encore, celui que le sort a désigné partira au nom d'un rêve, même s'il laisse une femme, la parfaite plénitude d'un amour.
D'un court chapitre à l'autre, ce roman dessine un univers où l'on peut se laisser bercer d'illusions. Mais le pouvoir y a suffisamment de failles pour que l'espoir subsiste et le désir suffisamment de force pour que le voyage du prétendant connaisse une fin heureuse. Une écriture du volontairement distanciée mais chaleureuse ouvre à plusieurs interprétations: utopie, critique de notre société, leçon de vie, récit initiatique. Une histoire d'amour?
Prix Dentan 1999
Claude Darbellay pare sa fable de couleurs contrastées: au noir rugueux de l'obscurité des couloirs kafkaïens qui mènent «de l'autre côté», il oppose le jaune lumineux, fluide et irradiant du paradis rêvé. On pourrait le comparer à cette lumière qui semble un mirage aux yeux des élus de Bosh, au terme de leur très long voyage au bout de la nuit, dans le petit tableau du peintre flamand conservé à venise. (Isabelle Martin, Le Temps, 05.12.1998)
Car le plus étonnant dans ce petit roman que structure une langue elliptique, à la fois très surveillée et naturelle, tient à la vérité humaine qui s'en dégage, qu'on pourrait dire d'un tendre stoïcisme. À plusieurs reprises, et d'un côté du miroir comme de l'autre, le protagoniste y est sauvé par de secourables mains. À croire que le seul chemin soit celui de telle communion des vivants. Or, pas un instant on a l'impresssion que Darbellay, conteur et «inventeur» de formes et de figures, ainsi que le relève Jean Kaempfer dans sa postface à la réédition récente des huits récits de L'ìle, ne nous dore la pilule dans le genre lénifiant, pas plus que son livre ne se résume à la conclusion qu'on est, ma fois, tellement mieux chez soi... (Jean- Louis Kuffer, 24 heures, 19.01.1999)