Ich weiss nur, dass mein Vater grosse Hände hat / Je sais juste que mon père a de grosses mains

Tout ce qui importe à cet enfant lui est étranger : son père, qui vit loin de lui et dont il garde seulement le souvenir des grosses mains ; sa mère, qui le quitte pour ne pas perdre son mari ; le pays lointain, dans lequel vivent les deux parents et qu’il va finalement devoir rejoindre ; ses éducateurs scolaires et religieux qui lui imposent une langue étrangère à la sienne.

(Daniel Rothenbühler)

Presseschau

Ecrit en allemand, _Je sais juste que mon père... _porte cette étrangeté fondamentale jusque dans son titre: l’enfant ne connaît plus son père parti travailler derrière les montagnes. Les poèmes disent en phrases lapidaires, qui touchent juste, la douleur de l’enfant abandonné. «A Noël, nous jouons l’histoire / de Jésus. / Ses parents aussi ont émigré. / Mais ils l’ont emmené avec eux.» Sauf que quand les parents reviennent, ils sont devenus lointains et l’enfant ne veut pas les accompagner dans le pays froid. «C’est un pays sans grand-mère / et sans tante. / On est seul.» C’est là le déchirant paradoxe de tous les émigrés, nostalgiques d’une terre d’origine à jamais disparue et étrangers dans le pays d’accueil – «déterritorialisés». La langue pourrait-elle être un nouveau point d’ancrage? Pas sûr. Pour tenter de saisir cette étrangeté fondamentale, Micieli cisèle des textes brefs et denses qui surgissent comme une respiration entre deux plages de silence. Mis bout à bout, ils forment un long poème en prose traversé de fragments narratifs. Dans la mise en page, le blanc prend plus de place que le texte: il est ce qui, dans la traduction de l’expérience en mots, «reste intraduisible, ce qui résiste aussi à sa transposition en narration continue», écrit encore Daniel Rothenbühler. Impossible de tracer une histoire cohérente du déracinement, qui restera fragmentaire. Mais cette fragmentation possède ici une densité rare, une grande puissance évocatrice et poétique. (Anne PitteloudLe Courrier, 02.09.2011)