Registro dei fragili / Registre des faibles
Le Registre des faibles est un livre compact, cohérent et dérangeant : ses deux aspects si antithétiques, à savoir la radiographie quasi imperturbable, quasi scientifique d’une réalité, et en même temps l’engagement presque compassionnel, presque compatissant, de cette même réalité transformée en bref fragment rythmique, cohabitent dans ces textes, blessent et caressent à la fois. La blessure n'est pas celle, injurieuse, de la simple condamnation indignée; la caresse n'est pas celle, mielleuse, d'une absolution trop facile est indolore. Lucidité et compassion se tempèrent et se stimulent mutuellement; le lecteur en absorbe la voix, et, plus précisément, le chant. Mais c'est une voix qui incise, un chant qui interroge: une voix et un chant que Fabiano Alborghetti est allé chercher dans des endroits dangereux et effroyables, en risquant encore une fois de se perdre. Mais il a su au contraire réémerger et ramener à la surface ce Registre des faibles; aussi étrange que cela puisse paraître, il s'agit malgré tout d'un geste d'espoir, d'un geste d'amour.
(Fabio Pusterla, Quatrième de couverture)
Des chants, comme chez Dante, en vers libres que rythme çà et là un octosyllabe obsédant: au contraire de la poésie, Registre des faibles raconte une histoire. [...] Alborghetti a fréquenté plusieurs années les immigrants clandestins de la ceinture milanaise avant de leur donner une voix. Il inaugurait cette «poésie-reportage» qu’il pratique ici, ni sociologique ni effusive, ancrée dans le réel. La version bilingue permet d’en deviner la musique singulière. (Isabelle Rüf, Le Temps, 29.12.2012)
Un peu comme chez Gonçalo Tavares, le vers cherche ici à casser le récit, rendre plus crissante la description, donner plus de résonance aux sentiments, qu'ils soient dits, maquillés ou tus. La vie du couple est auscultée de plusieurs points de vue, tantôt jugée sans concession, dans l'affre de sa banalité, tantôt chantée de l'intérieur, au creux même de ses illusions. Rien n'est épargné, ni la veulerie du mâle ni la désolation féminine qui forment couple. Il y aura, aussi, un drame, car il y a un enfant, et cet enfant est comme une épine dans la plaie de la désillusion que nous donne à sentir et palper l'auteur. La deuxième partie, brève, introduit les médias, leur façon de recouvrir de bave le drame. (Cannibale Claro, towardgrace.blogspot.ch, 03.12.2012)