L'Ecrivain suisse allemand Roman
L'amitié improbable d'un paysan de montagne et d'un écrivain à succès. Entre l'amoureux des vaches et le Casanova des lettres, s'échangent les expériences de la vie de bohème ou montagnarde, nomade ou sédentaire, dans le style brut et généreux qui caractérise Jean-Pierre Rochat.
(Quatrième de couverture, éditions d'autre part)
Sans action réelle, le livre tient entièrement sur l’écriture. «Brute et généreuse», précise cette fois le quatrième de couverture. Généreuse, cela ne fait aucun doute. Mais Jean-Pierre Rochat, qui exploite depuis 1974 une ferme au sommet de la montagne de Vauffelin, où il élève notamment des chevaux, n’avait plus rien publié depuis 2006. Autant dire qu’il s’agit là d’un texte très travaillé. Très construit. Le naturel, dans un livre, participe forcément de l’illusion. C’est le moment où l’effort cesse de se sentir. Or il ne se trouve pas ici un paragraphe où le lecteur ne sente le bonheur, et la volonté, d’aligner des mots. Et de les gorger ensuite de sens. (Etienne Dumont, Tribune de Genève, 29 novembre 2012)
Ce caractère concret participe de ce que L’écrivain suisse allemand a de plus fort : une musique envoûtante qui n’appartient qu’à lui. Minimale, l’intrigue sert de prétexte pour recréer une oralité agricole rude et âpre, proche du sol et des réalités immédiates. (Daniel Fattore, La Liberté, 15 décembre 2012)
On a lu L’Ecrivain suisse allemand paru le mois dernier aux Editions d’autre part. On s’est dit: «Bon sang!» On se l’est dit à la première page qui démarre avec: «Pour écrire un roman il faut être tellement souffrant que je n’y arriverai jamais.» On se l’est dit en regardant la photo de l’auteur, Jean-Pierre Rochat, sur le rabat de la couverture. Une barbe à la Tolstoï, des lunettes d’étudiant, un chapeau de laine bas sur le front. On se l’est dit ensuite maintes et maintes fois au cours de cette histoire en spirale qui aspire le lecteur et qui réunit un paysan et un écrivain suisse allemand, autant dire deux mondes, amarrés l’un à l’autre par une amitié paradoxale.
Parce que cette prose tourne autour du narrateur-paysan en se jouant du temps, de la linéarité du récit et des points de vue, je, lui, nous, vous. Parce qu’elle tombe en poésie au gré d’images qui explosent comme des bulles. Parce qu’elle nous rappelle Henry Miller dans son apparente facilité jazzy et son humeur sensuelle. (Lisbeth Koutchoumoff, Le Temps, 29 décembre 2012)
Tournoyante, vagabonde, la prose de Jean-Pierre Rochat restitue à merveille les mouvements de la pensée du narrateur et sa voix si singulière. Autour de la disparition de l’écrivain et de l’histoire d’une étonnante amitié, l’auteur construit un récit non linéaire, porté avant tout par la langue. Car L’Ecrivain suisse allemand ne suit ni temps chronologique ni logique causale mais opère par associations d’idées et de thèmes, sauts dans le passé et retours au présent ou aux mêmes événements revus et complétés. Au registre prosaïque du quotidien paysan, Jean-Pierre Rochat mêle en douceur des interrogations sur le temps qui passe, le rôle de la littérature, la mort, la postérité, dans des phrases sinueuses aux formules poétiques et parfois lapidaires. On est saisi par ce flux qui charrie tout un monde, ravi par cette structure en spirale: phrases et images dégringolent en cascade, en volutes, s’enchaînent avec fluidité de manière presque vertigineuse, dans un rythme maîtrisé qui nous embarque par des méandres surprenants jusqu’à la fin du livre. (Anne Pitteloud, Le Courrier, 19 janvier 2013)
Dans le neuvième livre de Jean-Pierre Rochat, auteur-agriculteur établi dans le Jura bernois, un paysan de montagne raconte l’amitié insolite qu’il partage avec un écrivain suisse allemand à succès, mort à l’issue d’une nuit d’amour. À l’occasion de l’enterrement de son ami, le narrateur entre bien malgré lui dans le cercle des femmes que côtoyait ce Casanova des lettres. On regrette alors l’évocation un peu gauche de ces figures féminines, séductrices et émotives, rusant malicieusement pour arriver à leurs fins. Mais L’Écrivain suisse allemand charme par son énergie et ses phrases débridées, parsemées de mots du terroir. (ej)