Chérubin Hammer et Chérubin Hammer
Plus tard, il a vu Hammer, toujours avec son cartable, dans les couloirs du palais, marchant de long en large ou assis devant la salle d'audience sur l'un des petits bancs de bois, mais pas comme quelqu'un qui attend ou qui s'ennuie, mais comme quelqu'un d'actif, qui a du pouvoir et de l'importance. Du reste, c'était un bâtiment public, et les procès étaient publics. Il était déjà arrivé, des semaines auparavant, que des dossiers de Gruber disparaissent, mais dès le lendemain, ils étaient en ordre devant la porte de son bureau.
Non, Hammer n'est pas devenu bizarre, il est seulement devenu de plus en plus Hammer, Chérubin Hammer1. Maintenant il restait assis des heures à lire à la table de la cuisine. Il allait vraiment chercher ses livres dans sa chambre - Les Années de voyage de Goethe et les Veilles de nuit de Bonaventura - s'asseyait à la table de la cuisine et lisait.
(Demoures)
Une narration roublarde
Sur le thème «Je est un autre», Peter Bichsel raconte la vie parallèle de deux héros homonymes très imbus d'eux-mêmes. Et celle de leurs compagnes, nettement moins mythomanes...
Le plaisir d'une narration roublarde, qui à chaque instant se raille, défie et intrigue: voilà ce qu'offre à la manière de Jean Paul et sous une présentation astucieuse, la nouvelle «histoire» de Peter Bichsel, Cherubin Hammer et Cherubin Hammer (Suhrkamp, 1999).
[...] Impossible de savoir qui se cache derrière celui que chacun prétend être. Tous deux, à la fin de leurs parcours, ne collent plus tout à fait à leurs rôles. Comme pour ouvrir un espace à une vie plus authentique que le narrateur élude, et sur laquelle il suggère de méditer. Libre à chacun de la croire possible, mais sans oublier, comme l'auteur l'insinue avec malice, «que la vie imite l'art bien plus souvent que l'art ne le fait de la vie». (Wilfred Schiltknecht, Le Temps, 20.10.2001)
L'un, l'autre
[...] Des pages denses, 93, à savourer lentement, comme l'ensemble de l'œuvre de cet auteur suisse alémanique, né en 1935 à Lucerne, lauréat de nombreuses distinctions, dont le Prix Keller 2000. Dans cette Suisse plus que suisse, il a été tout à tour instituteur, conseiller personnel du conseiller fédéral Willi Ritschard, éditorialiste. Écrivain modeste par la dimension de ses récits, parcimonieux dans son style, ample et critique dans son contenu, il précise ici qu'il a tout inventé «en déployant aussi peu d'imagination que possible.» (Monique Balmer, Femina, 25.11.2001)