La Pyramide ronde

Dans cette petite histoire, lue à reculons comme il était d'usage à l'époque, Pharaon naît vers - 1370, règne en gros de - 1350 à - 1335 et, déchu par son entourage, déçu par l'existence, tente de quitter la scène dans un fauteuil roulant aux environs de - 1333.

Entre-temps, il se sera vainement efforcé de faire aboutir un certain nombre de réformes qui, à son couronnement, lui tenaient à cœur. Qu'il s'agisse de la religion, cependant, des arts en général et de l'architecture en particulier, des mœurs ou de l'écriture, toutes ces tentatives et quelques autres encore aboutiront à autant de cuisants échecs.

Il en sera de même en ce qui concerne sa vie privée qui, au propre comme au figuré, le verra tomber de haut.

Éprouvant une grande considération pour les travaux des égyptologues, l'auteur imagine facilement la sidération dans laquelle ce livre ne manquera pas de les plonger: ce n'est pas le but de l'ouvrage, mais c'est son risque. Qu'il assume.

Presseschau

Prenant pour objet de fiction la fascinante figure du pharaon Akhénaton, Jean-Luc Benoziglio livre avec une légèreté facétieuse le rêve d'un poète égaré au pouvoir.
Difficile d'entendre la voix des vaincus, celle des utopistes désavoués par le cours du temps fallacieusement héroïsé en «sens de l'Histoire», ou plus sobrement celle des malheureux qui n'ont pas convaincu les scribes dont le filtre pèse plus qu'on ne l'imagine... Naguère Marguerite Yourcenar tenta le portrait de la voix d'Hadrien. Aujourd'hui, pas moins sceptique, Jean-Luc Benoziglio nous offre celui du plus audacieux des pharaons, Aménophis IV, membre de la XVIIIe dynastie, dont les dictionnaires renâclent encore aujourd'hui à avaliser l'identité nouvelle qu'il s'attribua, devenu le champion d'un dieu solaire unique, Aton, dont il se fit, «Akhénaton», le serviteur zélé.
Peu soucieux de faire un roman «dans l'Histoire», l'écrivain a l'astuce de jouer sur les noms, altérés au regard des scientifiques, sans que le fard masque le vrai visage des protagonistes de la révolution imaginée par le pharaon mystique. Sans doute est-il secrètement d'accord avec la distance critique affichée par Hérodote, cité en exergue («Quant à moi, ce qu'ils affirment ne me convainc guère») – quand bien même le voyageur grec est-il raillé par le royal narrateur de La Pyramide ronde, puisque Benoziglio octroie à son personnage un savoir libéré des contingences de la chronologie, ce qui donne à l'anachronisme assumé la saveur d'une révélation et au rêve prémonitoire, seul argument sans appel pour justifier les innovations radicales auprès des «Vieux Fous», gardiens de l'orthodoxie thébaine, la grâce mutine d'un pied de nez.
[...] Roman désenchanté au projet vertigineux et au charme ténu, La Pyramide ronde rappelle par son audace l'ambition littéraire d'un Alain Nadaud. La touche récréative en plus. (Ph.-J. C., Le Monde, 09.11.2001)