D'une plume clandestine
Vahé Godel est un écrivain de notre temps. Depuis plus de quarante ans, ce Genevois publie tant en Suisse qu’en France proses poétiques, récits, sans négliger une activité de critique et de traducteur. Connu et apprécié depuis longtemps des lecteurs, Vahé Godel n’a jamais écrit pour avoir du succès: c’est qu’il concentre ses efforts à démasquer, au travers de ses textes, les contradictions et les faux-fuyants de notre époque. L’écriture de Godel a ainsi toujours favorisé une esthétique du paradoxe, propice aux ruptures de toute sorte, évitant la linéarité au profit de la fragmentation, du troué, de l’ellipse. Au fil des ans, Vahé Godel a acquis une stature majeure. Armé d’un solide bon sens, aidé par une grande intelligence, nourri d’une culture à la fois occidentale et, du fait de ses racines arméniennes, orientale, tous ses textes sont parfaitement maîtrisés et magistralement libres. Comme Goethe, il ne craint pas de mettre dans ses textes un brin non pas de folie mais d’irrationnel, d’incommensurable. Se libérer de ce qui est superflu, parvenir à faire le silence autour de soi, avancer dans la vie et en poésie sans en connaître le but: Godel entraîne le lecteur vers cet espace volontiers invisible à force d’être noyé dans le vacarme et les tracas de la vie quotidienne. Il l’invite à se laisser aller vers ce qui compte, qui est constitutif d’un sens. Ce sens n’est pas ici donné une fois pour toutes: il se conquiert et se reconquiert, puisque le texte poétique va toujours au-delà de ce qu’il dit. Parions que ceux de Vahé Godel ont un bel avenir devant eux – et pas forcément clandestin. Grâce à la richesse de leur éventail propre, en dépit de leur côté exigeant, de par le plaisir sonore qui leur est propre, leur pouvoir libérateur restera intact: «La poésie ne commente pas, elle fomente.»
(Présentation du recueil, éditions de l'Aire)
Das uneinheitliche Werk vereint ganz unterschiedliche Fragmente. Unveröffentlichte Essays stehen neben Artikeln, die bereits in verschiedenen Zeitschriften veröffentlicht wurden, in denen Vahé Godel über Autoren schreibt, die er mag, oder seine poetischen Reflexionen entwickelt. In anderen Texten erzählt er vom Leben seiner Eltern und von Kindheitserinnerungen. Neben diesen autobiografischen Fragmenten stehen Romanauszüge, in denen der 1931 geborene Genfer Autor seine Familie heraufbeschwört, dann wieder eine Reihe neuer Gedichte, «Contre-feux», die die paradoxe Erfahrung des Wirklichen in einer präzisen, reichen und sinnlichen Sprache widerspiegeln. All diese ganz unterschiedlichen Texte verbindet eine poetische Beziehung zur Welt. D’une plume clandestine liest sich wie das strahlende, demütige und zugleich anspruchsvolle literarische Glaubensbekenntnis eines Mannes, der seit mehr als vierzig Jahren Prosa und Gedichte, Essays und Übersetzungen veröffentlicht.
(Anne Pitteloud Viceversa Literatur 4, 2010, übersetzt von Claudia Steinitz)