Un seul geste

Kurzkritik

Lausannoise née en 1953, Laurence Verrey poursuit depuis une trentaine d’années une poésie d’une rare finesse, à mi-voix, sur la trace des maîtres spirituels romands (Roud, Haldas, Lossier) : sa poésie se veut transparente mais néanmoins poussée par un souffle vertical. Tissu d’attentes et de surgissements, dépourvu de ponctuation, ce nouveau livre s’ouvre sur une salve de haïkus, mais l’attention au réel est très vite innervée par une réflexion sur l’acte poétique et ses conséquences : « Qui va surgir sur ma page ce matin d’hiver/où le vent couche la fumée/des cheminées serait-ce l’homme déjà/ou ma pensée filant vers lui/comme lièvre ? ». Si cette posture clairement assumée rend parfois le recueil un brin ronronnant, il s’en dégage une saveur ancienne, respectueuse, qui laisse échapper des petits diamants : « Et nous resterions assis ensemble à la fontaine/comme au bord de l’humanité/n’espérant pas calmer sa colère/avec la seule présence de nos mains/la pitié des orages/Il dirait de sa voix boisée/il n’y a pas que l’eau pour apaiser la soif/mais la parole limpide tu le sais ».

(Pierre Lepori, Viceversa Littérature 5, 2011)