Dans un instant
Nouvelles

Kurzkritik

La prose somptueuse de l’auteure jurassienne, née en 1950, sert à merveille ses nouvelles, souvent empreintes de mystère. Une étrange douceur enrobe les personnages dans leurs destins, entre résignation et désir de fuite. Tout comme dans son envoûtant roman précédent, Le Livre d’Aimée (Bernard Campiche, 2002), Sylviane Chatelain aime dessiner des situations à haute teneur métaphorique, en jouant savamment sur le registre du métadiscours. Dans un instant s’ouvre ainsi sur une nouvelle (« Les Géraniums roses ») qui présente à la fois l’histoire bizarre du vol d’un pot de fleurs et la façon par laquelle cette aventure émerge et se développe dans l’imagination de l’auteure. Tantôt mémorielles (« Mes deux côtés », « Une voiture de rêve »), tantôt troublantes et kafkaïennes (« L’Autre ville »), ces nouvelles trouvent leur point d’orgue dans la sublime métaphore portée par « Le Livre » : les pages mouillées par la pluie d’un volume retrouvé tout près de barbelés par un homme désespéré rappellent douloureusement que la littérature n’est qu’une trêve parmi les horreurs de l’Histoire.

(Pierre Lepori, Viceversa Littérature 5, 2011)