Cancer du capricorne
Jean-Jacques Busino s’est lancé dans l’écriture après une carrière de musicien et de producteur. Et c’est une musique douloureuse qui traverse son dixième roman, Cancer du Capricorne, récompensé par le Prix Pittard de l’Andelyn 2011. « Je suis mort à trente-huit ans », annonce d’emblée son narrateur : alors que tout lui a toujours souri, on lui annonce qu’il est atteint d’une étrange maladie du système sanguin et qu’il mourra vers Noël. Mais il vit toujours quelques années plus tard, lorsque son fils est renversé par une voiture et plonge dans un coma végétatif. Le corps souffrant de l’adolescent, cobaye aux mains de médecins incompétents, devient le pivot de ce roman des vies brisées où le narrateur shooté à la morphine s’enfonce dans la solitude et dans ses souvenirs d’enfance pour tromper la douleur. La musique, ses artistes et ses rythmes permettent à l’écrivain genevois d’exprimer les émotions tout en s’en distanciant. À la basse de la tristesse, aux percussions de la colère, aux dissonances de la révolte, se mêlent les notes grinçantes d’un humour corrosif qui confère au récit un tempo vif et puissant, une fluidité et une pudeur qui éloignent de tout pathos.
(Anne Pitteloud, Viceversa Littérature 5, 2011)