Rose Envy
Par amour pour son mari défunt, Artémisia choisit de boire ses cendres pour qu’il vive éternellement en elle. Cette histoire d’une reine grecque du IVe siècle avant Jésus-Christ bouleverse Smoothie, l’héroïne au prénom d’amoureuse de ce récit. Smoothie se ronge depuis toujours l’intérieur de la bouche, par ennui, par gourmandise ou par angoisse. À la mort de Pierrot, son grand amour, quitte à faire fi de toute décence, elle envisage à son tour de devenir tombeau en consommant ses cendres.
Ce texte, dont l’écriture est comme un seul grand souffle pressé, honteux et effronté, coule comme de la lave.
La vidéo faite par le Prix Wepler sur Rose Envy
(Présentation du livre, Éditions Zoé)
Ce bref récit à la seconde personne emmène le lecteur dans un conte moderne et pose une question majeure: Comment garder l’amour en soi, comment faire que l’amour perdure au-delà de la mort ? La narratrice explore ainsi littéralement l’ingestion de soi, de sa propre chair – plus précisément l’intérieur de ses joues – ainsi que de ses proches décédés l’un après l’autre: le bébé mort subitement, l’homme aimé. De ce dernier, elle voudrait, comme Artemisia, déguster les cendres mêlées à du vin. Rose Envy, titre qui reprend le nom du rouge à lèvres scellant ces ingestions, est un texte étrange, elliptique, allégorique et prenant. (Odile Cornuz)