Bitume d'août

J’ai nourri le poisson. La boîte de granules cachée dans la commode. Je l’ai regardé gober les grains que j’avais fait tomber dans l’eau. Sa petite bouche ronde qui s’ouvrait et se fermait. Frénétique. Ses yeux globuleux. Ses branchies qui se dilataient et ses nageoires comme des voiles déchirées. Sa peau transparente à travers laquelle on pouvait voir ses organes. Son squelette. Ses veines. De minuscules fleuves souterrains.
C’est là que j’ai compris.

Pierrot et sa mère vivent dans un appartement en périphérie de la ville, au-dessus de l’autoroute au vrombissement incessant qui fait penser au bruit de la mer. C’est le mois d’août, il fait chaud. Des ventilateurs tournent aux quatre coins du salon sans fenêtres. Pierrot observe le poisson qui agonise dans l’aquarium. Il a décidé de dire à sa mère que Pierrot ce n’est pas son nom, mais elle ne l’entend pas. Le poisson lui rappelle un jour d’anniversaire, il y a très longtemps…
Un roman dense et incisif sur la mémoire et l’oubli, les rêves et la réalité, qui peuvent si facilement se confondre.
Encre fraîche