Rosina
Un vieil homme, en séjour à Capri, détient un secret sur la vie de Rosina Ferrara, une Capriote qui servit de modèle, dans les années 1870, à de nombreux peintres.
Ce roman, résolument léger et discrètement grave, met en regard, dans la lumière capriote, la fragile mémoire du passé et la tranquille insolence du présent.
Presses inverses
Sophia est étudiante et elle travaille dans l’hôtel que tiennent ses parents à Capri. Chartran est peintre, il pourrait être son grand-père, il le dit lui-même, et il l’aborde car elle lui rappelle « une personne qui a vécu sur cette île voilà plus d’un siècle », dont l’histoire, déclare-t-il pour l’appâter, pourrait la concerner. Le roman se construit au fil des échanges entre ces deux personnages.
Durant le service, ils ne peuvent pas se parler longuement et se limitent souvent à des banalités. Jour après jour, il entreprend d’écrire l’histoire de Rosina. Il la découpe en épisodes qu’il envoie par mail à Sophia et qu’elle lit sur son téléphone. Le récit est ainsi entièrement construit par des dialogues et des courriers électroniques, eux-mêmes fondés sur quatre récits enchâssés. Cette structure narrative garantit une certaine vivacité, tout en permettant à l’auteur de s’effacer et de laisser son personnage prendre en charge les faits relatés.
L’intrigue tourne autour du destin d’une jeune fille prénommée Rosina, née en 1862 à Capri et décédée à New York en 1935. Elle a été modèle pour différents peintres. Il reste plusieurs portraits d’elle, on peut facilement les trouver sur internet. Plus Chartran remonte dans le passé, plus il admet inventer l’histoire qu’il raconte, tout en prétendant que comme il connaît les principaux protagonistes (sans les avoir jamais rencontrés), les faits « coulent de source ».
À la vision romantique de la vie sur l’île de Capri au XIXe siècle, habitée par une jeune femme libre et sensuelle et fréquentée par des voyageurs en quête d’exotisme, s’oppose une représentation prosaïque du tourisme au XXIe siècle, où les manœuvres de séduction que Chartran déploie en tout honneur envers Sophia ont pour versant sombre les manigances perverses et la brutalité d’un producteur de cinéma américain. Entre faits historiques et fantasmes, les lecteur.ices feront la part des choses dans ce récit qui joue de certains clichés et maintient le suspense jusqu’au bout.
(Claudine Gaetzi)