L'Argument du rêve

L’Argument du rêve est un ensemble de poèmes documentaires ou poèmes-essais qui, en trois temps, posent la question du corps. Entre l’intime et le politique, le corps biologique et le corps social, les poèmes témoignent de la manière dont les idéologies nous conditionnent et dont les corps sont possédés par des mots d’ordre.
A chaque fois, les images proposent au lecteur un voyage temporel et une confrontation avec les faits qui font voix. Il s’agit de susciter une participation active de celui qui lit en soulevant des questions, attendu que la véritable question de ce volume, dont l’ambition est aussi didactique, peut être formulée ainsi : comment regardons-nous les victimes ? Et, à son revers, depuis les traces : comment nous regardent-elles ? Les kamikazes d’Okinawa, les naturistes d’Orplid, les migrants comme les ermites du Dodécanèse sont des documents humains. Les uns pris dans la Guerre du Pacifique et l’idéologie militaire, les autres dans une idéologie du retour à la nature, dont l’utopie a suscité bien des opportunismes et les derniers dans une catastrophe, dont la vision oscille ici entre mythe religieux et réalité migratoire du troisième millénaire.
Chaque poème est conté par une voix sœur, transportée par le rêve jusqu’aux évènements et jusqu’à nous, en collectant des éclats de mots et d’images. Ce sont des fantômes de l’étonnement, bienveillantes présences qui encouragent à cheminer entre les corps pulvérisés : la poétesse japonaise Sei Shônagon, la poétesse allemande Annette von Droste-Hülshoff, les poètes Robert Lax et Loránd Gáspár, qui prêtent également leurs photographies, le dernier volet du recueil débouchant sur le contemporain.

(Héros-Limite)

Kurzkritik

In ihrem Band mit Prosagedichten L’Argument du rêve setzt Muriel Pic ihr politisch-sozial-poetisches Experiment von Élégies documentaires (2016) fort, das auf Bildern und unveröffentlichten Texten aus Archiven beruht. Sie spürt das »Infra-lyrische« auf, das sie als »morphologisches Knistern zwischen zwei Bildern, eine Perfektion des Zufalls, die Photogenität des Unwägbaren« umschreibt. Inspiriert von Archiven der US-Armee, der FKK-Bewegung, sowie der UNO und der Fotopoeten Robert Lax und Loránd Gáspár umkreist sie klarsichtig und kritisch Fragen des Kriegsheldentums, der Naturmystik und der Politisierung des Körpers. »Die Dokumente durchfuhren mich mit der Klinge der Fragen, von denen man weiss, dass sie ungelöst bleiben. Ich habe sie nicht nur erforscht, ich habe sie geträumt.« (Anne-Lise Delacrétaz in Viceversa 17, 2023. Traduzione Ruth Gantert)