Skoda
Roman

Un jeune homme reprend conscience. Autour de lui gisent ses camarades d’infortune. L’histoire se passe de nos jours, dans un pays qui n’est pas nommé.
À quelques mètres, une voiture, une Skoda – elle aussi victime du raid aérien. À l’intérieur, un bébé respire encore. Après quelques hésitations, l’homme prend l’enfant dans ses bras et part sur la route.
Notre monde et sa violence. Mais aussi, le lien qui se crée entre un jeune homme et un enfant. La beauté de la vie contre l’absurdité de la mort.

(Présentation du roman, Buchet/Chastel

Rezension

von Elisabeth Vust
Publiziert am 06.05.2011

Olivier Sillig poursuit un travail de fiction assez étonnant. Son premier roman Bzjeurd (1995) a été édité par la prestigieuse enseigne nantaise de science-fiction Atalante. Son second roman continuait dans la veine SF avec une Marche du loup (2004) médiévale; son troisième alliait le polar et la romance au fantastique (Je dis tue à tous ceux que j’aime, 2005) ; son quatrième revisitait l’épopée historique (Deux bons bougres, 2006) ; son cinquième roman tranchait par le ton doux et un brin désuet de son enquête policière (Lyon, simple filature, 2008) ; son sixième mêlait le conte à l’histoire dans un récit épique au long souffle (La Cire perdue, 2009). Quant à son septième titre, Skoda,on y quitte le passé pour le présent, et l’imaginaire pour le réel, puisque l’action s’y passe de nos jours dans un pays en guerre.
Sans conteste singulière et protéiforme, l’œuvre romanesque de cet artiste multiple (écrivain, cinéaste, plasticien, photographe : www.perso.ch/olivier.sillig) n’est pourtant pas si hétéroclite qu’elle y paraît au premier survol. Si elle est riche de diversités (autant au niveau du genre littéraire que de la longueur des textes), elle est aussi quadrillée de fils rouges et de thèmes: l’identité sexuelle, la paternité, l’enfance (meurtrie), la résistance, le libre-arbitre, la violence et la sujétion. Solitaires, les héros silligiens évoluent dans des paysages où fiction et fantasmes prennent plus ou moins de place, au rythme d’une écriture galopante, parfois minimaliste, parfois plus foisonnante, voire échevelée, et souvent teintée d’une naïveté, peut-être feinte mais néanmoins désarmante. L’univocité n’est donc pas le mode choisi par ce maintenant sexagénaire, distingué plusieurs fois (parmi d’autres: Prix du roman de la Télévision Suisse romande, Prix des auditeurs de la Radio Suisse romande, Prix Bibliomedia).
Son nouveau roman est aussi court qu’acéré, une centaine de pages comme un concentré de ce que l’humain peut avoir de bon et d’effroyable. Cela pourrait se passer en ex-Yougoslavie, un jeune soldat réchappé d’une attaque recueille un bébé survivant d’un raid aérien. Ce moïse sauvé des bombes va porter le prénom Skoda, marque de la voiture dans laquelle il a été trouvé. Dès lors, le récit lutte contre la barbarie et l’absurdité de la mort, avec les armes de l’espoir jamais perdu du héros de sauver son protégé. Et cela au prix d’humiliations corporelles et de stratégies pour calmer la faim.
Viols, meurtres, la convoitise et le désir prennent des tours brutaux, envahissent la page. La sauvagerie s’y mêle donc et certaines scènes charrient de l’ambiguïté lorsque la victime se surprend à éprouver du plaisir.
Au demeurant, plus que de raconter, l’écriture scande ; elle a la cadence d’un staccato, est alerte et dépouillée, visuelle et réflexive, parsemée de quelques formules un brin pontifiantes, qui font aussi le style d’Olivier Sillig. Et même devant cette scène d’un douanier tour à tour violant puis biberonnant, il ne faudrait pas y voir de second (voire plus) degré, le romancier répétant facilement sa détestation de ces «ricanements sur les choses».