Vivants
«C’était l’hiver, mon père nous avait quittés en toute brutalité et j’éprouvais le besoin de m’intéresser aux autres, de raconter des récits auxquels je n’appartenais pas.»
Pour Vivants, Francine Wohnlich a choisi de rencontrer des personnes qu’elle ne connaissait pas afin d’en restituer un portrait écrit et dessinée. Un contact sollicité auprès d’amis puis, après explication de la démarche et accord, rendez-vous est pris pour une conversation unique. Son but est de rencontrer mais sans interroger son interlocuteur, sans mener une enquête ni orienter le propos. Elle est prête à écouter; qu’il raconte ce qu’il a à raconter, là, maintenant, qu’il se dévoile comme il le souhaite, s’il le souhaite. Qu’il parle avec les mains, les yeux, sa lassitude, son entrain, ses silences. Elle écoutera, car elle aussi est vivante, prise dans ses rythmes du jour, c’est-à-dire très loin d’une observatrice neutre. Car respecter l’autre, c’est aussi être attentif à ce qu’il produit en nous par le tracé de ses gestes, de sa parole, sa manière d’être là. Attirance, euphorie, ennui. Colère, complicité ou perplexité.
(Présentation du livre, art&fiction)
La parole d'autrui comme impulsion pour écire
Après le décès brutal de son père, Francine Wohnlich a éprouvé le besoin de prendre l’air, le désir d’«être emportée par le souffle des autres». Rencontrer des inconnus, avoir avec eux des échanges ouverts à ce qui surgirait, et toujours leur poser la même question, avant de les quitter: «Quand est-ce que tu te sens le plus vivant?» Elle retranscrit ces entrevues sous forme de récits, dans lesquels elle décrit les décors et les personnes, rend compte de la conversation qui se déroule, tout en faisant part de ce qu’elle ressent sur le moment et des souvenirs personnels qui lui reviennent; les paroles d’autrui sont en italique, mais pas toujours, et rapportées tantôt en discours direct, tantôt en discours indirect; ainsi les voix d’autrui se mêlent à celle de l’autrice, sur un mode subjectif, réfléchi et assumé. Lorsque Peggy «explique qu’elle dessine ce qui la tracasse pour que ça sorte», Francine Wohnlich pense qu’elle écrit non pas pour se défaire de ce qui la préoccupe, mais «pour y mettre du sens, pour en savoir plus». Elle précise: «Il me semble presque que je pourrais dessiner le mouvement inverse: j’écris pour que ça devienne mien, pour lutter contre la dépossession.» Ce n’est pas pour autant qu’elle s’approprie les histoires de vie, perturbantes, intrigantes, bouleversantes, qui lui sont confiées: avec sensibilité, elle leur donne une âme, et comme elle décrit aussi quels échos intimes ces récits réveillent en elle, cela a pour effet qu’on sent vivant en lisant Vivants.
(Extrait de l'approfondissement La parole d'autrui comme impulsion pour écire, de Claudine Gaetzi)
Nach dem plötzlichen Tod ihres Vaters verspürte Francine Wohnlich das Bedürfnis nach frischer Luftzufuhr, den Wunsch, »vom Lebensschwung der anderen mitgerissen zu werden«. Über ihren Freundeskreis sucht sie das Gespräch mit Menschen, die sie vorher nicht kannte. Einfühlsam erzählt sie die ihr anvertrauten Lebensgeschichten und formuliert gleichzeitig, was diese in ihr persönlich ausgelöst haben. Allen stellte sie beim Abschied die gleiche Frage: »Wann fühlst du dich am lebendigsten?«, wie wenn sie unbedingt hören müsste, woran man sich festhalten kann, um nicht sterben zu wollen. (Claudine Gaetzi in Viceversa 14, 2020. Übersetzung Ruth Gantert)