La Femme en rouge
Nina, une jeune Lausannoise, décide de partir à la recherche de l’histoire de sa grand-mère mythique qu’elle n’a pas connue, Olga, peintre de talent, mystérieusement disparue.
Elle plonge alors dans le quotidien d’une famille de cheminots communistes dans le Renens des années 1930-1940, traverse la guerre froide dans les rangs du POP vaudois, découvre les courants picturaux de l’époque. La trajectoire hors normes de cette grand-mère raconte à sa petite-fille la difficulté de s’accomplir pour une artiste femme, le conflit possible entre le militantisme, les loyautés familiales et la création.
Nina, qui vit dans un milieu alternatif lausannois contemporain végane, se confronte à une autre génération, d’autres engagements, tout en déchiffrant une filiation surprenante. Les passions politiques, créatives et sentimentales des deux femmes, parfois en rupture avec les loyautés familiales, les entraînent dans des aventures inattendues… Chacune à sa manière, elles conquièrent la liberté d’être elles-mêmes en dépit des revers, des doutes et surtout des modèles.
(Présentation du livre, Plaisir de lire)
Rezension
Olga est la «mythique grand-mère» disparue de Nina, qui s’en va à sa recherche à travers le temps. Et quel temps! Dans les années 1950, la jeune Olga s’est affirmée en tant que peintre de talent, elle que sa famille modeste et combattive prédestinait à militer au sein du Parti ouvrier et populaire (POP) vaudois. Sa petite-fille, Nina, jeune femme d’aujourd’hui, écologiste et végane convaincue, vit en communauté dans la région lausannoise. Le roman d’Annik Mahaim est comme un arc de cercle entre ces deux existences qui ne vont cesser de se rapprocher.
Olga gagne un visage lorsque Nina explore l’armoire pleine des «papiers de grand-maman» et entame le récit de sa vie, que lui a commandé une cousine âgée et désireuse d’en savoir plus. Autant que le parcours d’une jeune femme talentueuse qui bute contre les préjugés de son temps et de son milieu, c’est la peinture elle-même qui se raconte avec sensualité et délicatesse dans de belles pages du roman.
Olga se passionne pour les sortilèges de la nature morte […], la danse, toujours différente, qu’exécutent ensemble l’objet, ses teintes, la lumière, le temps qu’il fait, l’humeur de la peintre…
Le destin de l’artiste, son désir de donner à voir, son combat acharné et amoureux avec la toile, a peut-être déteint sur sa petite-fille biographe. Le travail d’Olga aquarelliste, «[…] jouer avec le temps, l’eau, les pigments, la transparence, l’opacité», rejoint l’entreprise de Nina, qui tente de recréer le passé et de dessiner les contours d’une vie aux épisodes déjà si lointains.
Ce retour vers la disparue ne va cesser de se préciser et s’intensifier, jusqu’à ce que le roman nous régale d’un retournement époustouflant, qu’il serait inutile de dévoiler ici, comme un vif rayon de soleil soudain jeté sur l’obsédante «peintre de papier».