Retour à Cormont
Bühler tel qu’en lui-même
Ce n’est pas parce qu’il a remisé sa guitare que Michel Bühler a choisi de se taire. La preuve par ce nouveau bouquin, un roman cette fois-ci, tout juste paru aux Éditions Bernard Campiche et avec lequel il emmène le lecteur dans l’un de ces villages jadis prospères et aujourd’hui comme coupés du monde. Fonctionnaire à la Ville, où il a fait toute sa carrière, Joubert décide de «remonter» sur les crêtes de son enfance. Personnage discret, timide et un brin méfiant, il y deviendra un personnage incontournable le jour où, à l’occasion d’une balade sur le Grand-Mont, il découvrira le cadavre d’«un individu de sexe masculin mesurant environ un mètre septante-cinq, vêtu d’une chemise à carreaux rouges et bleus», dira le rapport de police.
Du coup, et comme l’enquête piétine, chacun y va de sa petite idée. Un habitant de la région qui aurait fait une mauvaise chute? Un étranger qui se serait égaré? Un de ces réfugiés que l’on parque pas loin d’ici, dans une ancienne usine? L’occasion est ainsi toute trouvée pour Bühler de tirer une suite de portraits à la fois tendres et acides de ces gens que l’on dit «de village» et qui, à les entendre, savent tout des choses de notre monde. L’auteur lui-même en profite pour revenir aux thèmes qui lui sont chers: la perte des vrais métiers, donc des emplois, la désertification des régions isolées, la peur de l’étranger, les tromperies des puissants.
Guitare ou pas, Michel Bühler reste le même. Et c’est très bien ainsi.
(Roger Jaunin, Vigousse)
Bernhard Campiche Editeur