L'Océan des émotions

Ceux qui ont lu Tchekhov savent bien que le monde ancien est généralement long à passer, pendant que celui qui vient n’est souvent même pas perçu, sinon comme une blancheur aveuglante.
Du monde ancien, qui est loin d’avoir disparu, au monde à venir, qui déjà a commencé, Emmanuel Levinas indique probablement l’une des ruptures, quand il écrit que nous sommes entrés dans un temps qui oblige à envisager la fin «de toute parole de la prédication», et «la fin des valeurs qui (…), stables et sûres, se contemplent et se possèdent». De même, sans doute, le 11-Septembre – «Un tremblement de temps», nous avait dit Elie Wiesel – et sa lumière en marquent aussi l’un des passages.
Toujours en mêlant des sujets liés à la marche du monde et ceux issus des circonstances les plus humbles, ces petits textes rédigés à l’intention d’un public très large s’inscrivent dans un cheminement qui obéissait, et obéit encore, à l’appel de Christophe Colomb: «On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va.»

(Présentation du livre, Bernhard Campiche éditeur)