Eau dedans eau dehors
Poèmes

Le corps et ses dimensions affective, sensorielle et matérielle sont au centre du beau recueil poétique de Bertrand Schmid, Eau dedans eau dehors. Mais il s’agit ici d’un corps dont la représentation ne subit aucune sublimation esthétique, faut-il le dire d’emblée, car la maladie et la déchéance se faufilent parmi les vers avec indifférence et détermination, ne permettant jamais que le sujet s’équilibre harmonieusement sur le fil de la neutralité. Aucune harmonie possible entre perception du dedans et du dehors, mais un chant bas qui résonne comme un martèlement ouaté de la douleur, mitigé par la douceur morbide de la mélancolie et de l’espoir. […]

C’est ainsi que Schmid nous rend, par ce recueil touchant, et malgré une mémoire de la mort antérieure à la mort elle-même, une sorte de manuel poétique du « voyage à l’oubli de la chair », un exil momentané et délicat où l’on fuit la maladie et l’angoisse par des images suggestives et surprenantes, où les contraires se côtoient avec pudeur et courage. […]

On voit alors surgir des îles de légèreté dans la maladie, et c’est dans cette possibilité de « rédemption de la grâce », avec la rencontre de l’autre, que la dualité corps sain – corps malade est surmontée par une nouvelle lecture, une chance en plus de vivre, ni dans le dedans, ni dans le dehors, mais ailleurs, bien au cœur de la vie elle-même:

pour finir
où même les eaux s’effritent
les lichens et mousses meurent sur mon écorce
délaissent mes sucs
et je crois je crois
que mes ramures verdiront

Prisca Agustoni Février-juin 2017

(Présentation du recueil, éditions Samizdat)