Derrière la palissade
C’est une poésie dépouillée, directe, située dans un lieu concret et circonscrit, que celle de Philippe Rebetez, poète que j’ai eu la chance de suivre dans son récent travail créatif. Ses mots «rebondissent / sur l’âpreté du quotidien», comme il le déclarait déjà dans son premier recueil: plutôt que de «descendre en soi», Philippe regarde autour de lui et va à la rencontre d’autrui. Son regard se pose sur des personnes qu’il connaît bien, également de par son activité professionnelle: des personnes qui échappent d’habitude à notre attention ou que nous regardons de mauvais gré, enveloppés que nous sommes dans notre égocentrisme. C’est donc une voix hors du chœur que la sienne. (…)
Philippe a une antenne spéciale qui lui permet de capter les signaux lancés par nos semblables vaincus par la souffrance, les manies, les obsessions. Il en trace le portrait en des croquis rapides et précis: énoncés simples, mots empruntés à la langue de la communication, vers courts, strophes brèves (un peu comme chez Guillevic, poète qu’aime notre auteur); ici et là, le langage parlé entre avec fraîcheur dans les vers. Dans ce recueil, le sentiment de solidarité envers les plus faibles prend le dessus sur tout. (…)
Le livre se termine par un poème plus long, d’allure narrative, composé de six textes précédés chacun d’une date. Il s’agit presque d’un documentaire, qui part du 30 août 1965, quand deux millions de mètres cube de glace et d’éboulis ont enseveli le chantier du barrage de Mattmark, faisant 88 morts (dont 56 immigrés italiens), et se conclut le jour du 50e anniversaire de cette catastrophe, qui a laissé une marque indélébile dans la chronique du temps où Max Frisch écrivait : «Nous voulions des bras, et ce sont des hommes qui sont arrivés. (...)
(extraits de la préface d'Alberto Nessi, Editions Samizdat)