Marielsa

Les sœurs sont venues et les quatre filles se sont installées autour de La Mère. La chambre s'est remplie de mots et de gestes tendres.
Il faisait nuit depuis longtemps quand, tout doucement, la dernière flamme s'est éteinte. Le dernier souffle a passé, abandonnant le même sourire sur les lèvres de La Mère. Les sœurs ont fermé ses paupières, caressé son visage, peigné ses cheveux, embrassé son âme. Avec des gestes maternels, elles lui ont mis une robe de soie. Elles ont pleuré. Marielsa est restée forte.

C'est une nuit étrange qui réunit les sœurs. La maison est paisible, mais trop siliencieuse pour que Marielsa puisse y trouver le sommeil.
Sans cesse, Elsa pense au geste de La Mère. Elle est triste de ne pas l'avoir compris. Mais surtout, elle en veut à Marie, à cette soumission qu'elle affiche parfois. Ce matin, à l'école, il aurait suffi de dire au directeur: «C'est bien que tu sois là, je te confie ma classe. Je viens d'apprendre que ma maman est au plus mal. Je file la rejoindre.» Soixante minutes de gagnées pendant lesquelles La Mère aurait eu encore la force de dire le geste. Mais une fois de plus, il a fallu que Marie obéisse. Qu'elle empêche Elsa de suivre son instinct.
Oui. Elsa est fâchée. Non, elle ne parvient pas à trouver le repos. Même si partout dans la maison flotte le dernier sourire de La Mère. Elsa ne peut accepter l'idée de ne pas avoir su comprendre sa dernière volonté. Elle en est là de sa colère quand la voix de la sœur du milieu lui parvient, de la chambre voisine: «Il y a quelque temps, j'ai promis à La Mère qu'on irait à cheval répandre leurs cendres. Qu'est-ce que j'ai bien fait!»

Marielsa sourit. Puis elle pleure, enfin.

(Denise Muths, Marielsa, Torticolis & frères, 2017)

Kurzkritik

Als sie noch ein Kind war, tötete bei einem Unfall einer von Marielsas Brüder den anderen. Diese traumatische Szene bedeutet einen Bruch. Das kleine Mädchen lernt, mit der Abwesenheit umzugehen, zwischen Schmerz und Freude, Stille und Leben zu schwanken. So wird sie gleichzeitig zu Marie, der Vernünftigen, und zu Elsa, die ihrem Instinkt folgt, und wandelt von den ersten Liebesbeziehungen bis zur Krankheit immer am Rand des Abgrunds.
Der erste Roman von Denise Muths kommt einer Lebensgeschichte gleich. In kurzen Kapiteln geben die lakonischen Sätze den Ereignissen, die die ersten fünfzig Lebensjahre Marielsas geprägt haben, eine Gestalt und lassen darin den ständigen Kampf zwischen Schatten und Licht erkennen. Sie tun dies wirkungsvoll und packend, umso mehr, als der Gebrauch des Präsens und der Eindruck eines wilden, allen Hindernissen trotzenden Laufs der Erzählung einen hartnäckigen Rhythmus verleihen. (Marianne Brun, Übersetzung rg)