L'Apostrophe
Dans cette suite de poèmes en prose, Jacques Roman a croisé son goût des fragments, ici suspendus entre des points de suspension, brefs et denses, entourés de blancs qui laissent au lecteur le loisir de s’arrêter, flâner, rêver, composer aussi un brin de l’histoire d’une vie, et son sens du temps, donc aussi des temps verbaux, et notamment du futur antérieur, aujourd’hui délaissé ; ce curieux temps affirme le passé ouvert, le vécu sensible et souvent tremblant, un point d’arrivée où se cacherait la paix ; vivant, il se donne à revivre, à revoir, à reprendre, étant à la fois proche et lointain, personnel et immémorial, présent et imaginaire. Beckett lui a donné, à ce temps, toute son intensité et sa grandeur dans Oh les beaux jours, avec ces mots de Winnie qui rythment sa journée : « Oh le beau jour encore que ça aura été. (Un temps.) Encore un. […] »
Doris Jakubec
(Présentation du livre, Samizdat)