Évangile selon Judas
Récit

Judas et Jésus remontent en moi.

Parce que ma vie devient comme une forêt noire où je m'enfonce. Je suis par moments étranglé par le respect puis en proie à la curiosité.

Ma vocation je la subis. L'un après l'autre mes poèmes me quittent, déménagent, mais il me semble encore écrire des souvenirs avec les mots de plusieurs poètes engloutis, enfuis au bout du monde, de passage dans ma conscience, à demi visibles.

Je ne sais plus d'où vient telle voix, je pénètre, je tâtonne dans les buisssons obscurs, sur les sentiers à la fin de l'âge. Où il faudrait être une bête, avoir son savoir aussi.

Presseschau

Judas, l'envers nécessaire de l'élu
Bousculant le temps et l'espace, l'écrivain valaisan s'interroge sur la faute, le remords et le pardon et fait revivre la figure et le destin de celui qui a livré Jésus, auquel il s'identifie.
Ces dernières années, Maurice Chappaz a privilégié la veine autobiographique, que ce soit en revenant sur les étapes de sa vie dans Le Garçon qui croyait au paradis, en donnant à lire ses lettres à Gustave Roud ou en évoquant la disparition de ses proches dans Octobre 79, La Veillée des Vikings ou La Mort s'est posée comme un oiseau. Ce retour sur soi favorisé par l'âge et l'approche de la mort est aussi à l'origine du livre étonnant où il s'interroge, à propos de Judas, sur la faute, le remords et le pardon. [...] (Isabelle Martin, Le Temps, 06.10.2001)

Le frère perdu
À la fois poète et mystique, Maurice Chappaz écrit sa Bonne Nouvelle avec Évangile selon Judas.
"Judas et Jésus remontent en moi", écrit Chappaz, l'un né du sang, l'autre de l'esprit. Il dit que leurs rêves étaient jumeaux; et il suit leurs destins qui se croisent, se mêlent et aboutissent à un double drame. [...]
Le texte de Chappaz est dense d'une plénitude morcelée faite de contrastes ou d'analogies, de transferts de sens, de métaphores qui impliquent à la fois la description et l'intériorisation. L'écriture est ainsi emplie d'une aura d'éternité. Et les exigences de lecture sont à la mesure de cette densité littéraire. On ne peut effleurer le texte des yeux et du sentiment; il faut y mettre la lucidité de l'esprit et de la conscience, car le destin personnel et l'éternité y sont évoqués en image et en vérité. (Henri Maître, Le Nouvelliste, 15.10.2001)

Maudit par la tradition, l'apôtre revisité par Maurice Chappaz est notre semblable sans foi, symbole de l'homme épris de ce monde et de lui-même. Un livre inspiré.
Le sentiment de se trouver devant un livre essentiel est très rare aujourd'hui, et plus rare encore ce que nous vivons à la lecture de l'Évangile selon Judas de Maurice Chappaz, qu'on pourrait dire la conjonction de l'expérience spirituelle de toute une vie et la plus haute expression d'une aventure poétique [...]
La première impression que nous fait cet ouvrage, presque physiquement, est de nous arracher au temps, au point qu'on se demande s'il a été écrit il y a deux mille ans ou ce matin même.... [...]. (Jean-Louis Kuffer, 24 heures, 23.10.2001)