Wila/Ouila
C’est son titre, Wila/Geschichten, – en caractères désuets de vieille machine à écrire * – qui m’a invitée à ouvrir le recueil. Un vrai coup de foudre ! Même si ma connaissance de l’allemand est rudimentaire, j’ai vite imaginé la saveur de la langue et la singularité du personnage. En outre, l’intitulé des brefs chapitres – jamais plus d’une page – m’a immédiatement séduite: Wila und die Forelle, Wila und der General, Wila und der Muttertag… On pourrait croire à un livre d’enfants, détrompez-vous ! L’autodérision n’a rien de naïf. Et comme annoncé, Wila/Ouila a de nombreux dons, entre autres, celui de se mettre dans les situations les plus invraisemblablement cocasses.
En sautant par-dessus la barrière des langues, Wila s’est changée en Ouila. Initiative inspirée de la traductrice : le prénom fantaisiste va bien à cette petite sœur de Monsieur Plume.
«L’écriture comporte toujours une part de honte» déclare Ouila, mais il est clair que chez elle c’est une honte assumée.
Ici, elle est cette petite bonne femme qui chaparde un manteau aux manches trop longues pour avoir l’air d’une dame, là, elle proclame ne pas aimer la fête des mères tout en rêvant de gâteries et de bouquets, ailleurs, elle frôle la mélancolie en savourant une truite. Tour à tour rebelle, sentimentale ou hardie, pleine de contrastes et de contradictions.
La traduction est surprenante, fidèle au caractère de l’écriture et à celui de la créature. Camille Luscher joue avec les mots et les circonstances dans une transposition hilarante. Oserait-on prétendre qu’elle s’est appropriée Wila en la rebaptisant? Si c’est le cas, cette joyeuse prise de liberté est un coup de génie. Ruth Loosli ne disait-elle pas qe son héroïne a de nombreux noms? Et la copie ressemble fort à l’original.
(Claire Krähenbühl, éditions Samizdat)
*marque de fabrique de la petite collection Die Reihe des éditions Wolfbach, à Zürich.