Un Etang sous la glace
À l'occasion d'un banal rendez-vous chez le dentiste, Agnès, une femme âgée, se trouve dans un quartier neuf de sa ville où elle est certaine de n'être jamais venue. Pourtant, quelques indices la troublent, de vagues réminiscences. Jusqu'au moment où elle voit, encastrée au milieu des immeubles récents, une vieille maison à la façade jaune. C'est alors comme un voile qui se déchire. Cette maison, elle la connaît: elle jouxtait autrefois la propriété de son grand-oncle située là où s'élève aujourd'hui un immeuble bleu et blanc. Agnès reste dans sa voiture, qu'elle a garée de l'autre côté de la rue. Le décor qu'elle a sous les yeux s'efface peu à peu. À sa place, elle voit la villa, le jardin, l'étang, tout ce qui n'existe plus.
Elle se souvient des dix jours qu'elle a passés là, il y a très longtemps. Dix jours qui ont pesé lourd mais qu'elle a essayé d'oublier en les enfermant dans une gangue de glace. Elle a vécu avec le secret des deux drames qui ont eu lieu près de l'étang.
1933. Elle était une adolescente de treize ans sentimentales et ignorante, mais en même temps, sans le savoir, sensuelle et provocante. Attentive aussi à la souffrance de son arrière-grand-mère que la famille avait décidé de placer dans une maison pour personnes âgées. La découverte brutale de la sexualité et la compassion qu'elle éprouvait pour la vieille femme s'étaient trouvées liées de manière inattendue et tragique.
Le roman, qui a recours à un je de fiction, raconte la descente d'Agnès jusqu'aux racines de sa mémoire. Derrière l'immeuble bleu et blanc, il n'y a plus d'étang, mais une trace suffit pour abolir le temps.
Agnès, 83 ans, retrouve Agnès, 13 ans
Alors qu'elle publiait, il y a deux printemps, La nuit n'est jamais complète, son journal de l'an 2000, elle nous disait: «J'ai un autre livre en tête, un dernier livre ...» Le voilà donc, et c'est avec un réel bonheur qu'on se plonge dans Un étang sous la glace.
[...] Yvette Z'Graggen utilise un «je» narratif qui crée une réelle complicité avec le lecteur. Elle a l'art d'apprivoiser les lieux, les sentiments, les choses. Elle est aussi douée pour parler de la mémoire, toutes les formes de mémoire, elle qui a écrit plusieurs récits autobiographiques et dit: «Mémoire et imagination vont bien ensemble.» [...] (Patricia Gnasso, Le Matin, 27.05.2003)