Extravagances

Qui n’a pas observé, dans le train ou le bus, tel voyageur se limant les ongles, tel autre pianotant sur son portable? Une de nos expériences la mieux partagée est sans doute d’attendre notre tour à un guichet, avec, suivant l’humeur, un regard amusé ou un agacement croissant… Vivement la liberté du voyage, pour s’éloigner de ces «autres» imposés et pesants, pour trouver en de furtifs nouveaux visages un apaisement!

Expériences triviales et communes: il faut le regard d’une poète pour saisir mieux ce qui se joue dans ces relations aléatoires et quotidiennes (au vrai, à peine «relations»).

«Réseaux», «Attentes», «Bornes», trois parties pour dire ces Extravagances, c’est-à-dire cette manière d’aller ça et là, à l’aventure, loin du chemin. Dans une langue fine et claire, soit en prose, soit en vers, Silvia Härri fait le portrait de ces «frères humains» qui nous tendent peut-être un miroir.

La dernière partie évoque les paysages minéraux et solaires du sud, avec une présence humaine réduite à quelques traces, comme si, finalement, le monde, dans son écrasante beauté, pouvait se passer de nous. Alors on se met à aimer cette présense-absence des autres croisés sur notre route.

(Alain Rochat, éditions Empreintes, 2015)

Kurzkritik

Extravagances, livre de poèmes et proses mêlées, donne à sentir la légèreté de la vie et sa violence, plus ou moins discrète. S'y croisent impressions presque effacées, gestes entrevus, scènes croquées au fil d'une plume vive, acérée, mais plus souvent indulgente, réflexions sur les formes que prend l'humanité dans son rapport avec elle-même. Les proses, sans appuyer le trait, dessinent en  fragments de petites histoires qui s'enchâssent les unes dans les autres pour révéler un portrait de nous parfois dérisoire, mais plutôt tendre ou soudain lumineux, comme transparent. Les vers, sans s'éloigner du quotidien, plus douloureux, lancent des questions, de celles souvent sans réponse, sur le monde comme il va, sur l'écriture aussi, sur la vanité probable du poème. Sur la nécessité de le continuer. (Françoise Delorme)