En noir et blanc
Il y a huit ans, les éditions Samizdat publiaient À peine un souffle sur l’écorce d’Éliane Vernay, un recueil dont Claire Krähenbühl écrivait: «C’est dans le silence qu’Éliane, musicienne, prend racine».
Il est toujours présent ici, mais ce n’est plus le silence qui fait respirer la musique, c’est celui, brutal, implacable, strident même, du père qui ne répond plus. De la mort. De l’absence à jamais. Qui terrasse non seulement la fille mais aussi la poète privée de tout repère: «Comment distinguer le blé du seigle […] maintenant que tu n’es plus?/Comment avancer/encore?»
C’est autour de ce Requiem en noir et blanc (deuil et neige) que s’articule l’ensemble de cet émouvant recueil où la poésie, secrète et têtue, résiste:
Des pas sur la neige, déjà
aux crêtes, le crépuscule est tombé, la nuit se met en marche
en même temps que le silence
– où, la parole
cachée vive
dans l’haleine des brebis?
cette laine d’herbe tiède sous le doigt
ce goût de myrtille dans la bouche
ces saveurs de source…
les mots songent encore à l’été.
La mort
ne passera pas!
Des œuvres d’Annie Fayolle Dietl, où l’ambre et le feu se mêlent au noir et blanc, dialoguent somptueusement avec les poèmes d’Éliane Vernay.
Denise Mützenberg