L'Avenir est notre affaire
L’Avenir est notre affaire (1977)
Reprenant les grands axes de sa pensée, ce livre testament offre une véritable vision politique et philosophique du monde actuel. Il se présente à la fois comme un examen de fond sur la crise globale des systèmes socio-politiques provoquée par la mauvaise gestion de la Terre et comme une réflexion toute de lucidité sur le sort de la civilisation occidentale. L’auteur propose dès lors les remèdes possibles pour conjurer l’angoisse du devenir dans nos sociétés. Les défis de la nature surmontés, l’homme se trouve confronté à un autre défi, celui de ses passions et de ses souffrances. Le XXe siècle a développé une dialectique mortelle pour l’homme, dialectique entre les mythes du Progrès et une croissance économique effrénée, entre la technologie nucléaire et le mythe tout-puissant de l’État-Nation, générateur de guerres et cause première des déséquilibres et des périls qui en résultent. Au premier rang de ceux-ci figurent la centralisation et l’inflation bureaucratique, l’attentisme ou l’opportunisme des politiques, la passivité des citoyens, l’alignement des intelligences et des comportements, la déperdition de la responsabilité civique, le gaspillage des ressources. Face à l’incapacité des États-Nations à répondre aux défis de l’avenir, l’auteur propose le recours à l’écologie, définie au sens le plus large de «système des échanges et des interactions entre Nature, Cité, Personnes», c’est-à-dire d’un éco-système qui offre à l’homme la possibilité de coexister dans la diversité et de gérer durablement les ressources de la planète Terre. Le succès même de l’effort civilisateur de l’Occident contraint aujourd’hui l’homme à choisir librement son avenir. Sur le plan politique, une Fédération des Régions s’avère la seule alternative possible face à la puissance et au dogme de l’État-Nation? formule périmée et dangereuse pour le genre humain. La Région à géométrie variable, définie comme un espace de participation civique, permet un rééquilibrage des compétences, des pouvoirs et des ressources d’énergie, la sauvegarde de l’environnement, la reconstruction d’un tissu de la vie sociale et de la communauté humaine. Sur le plan philosophique, la redécouverte des dimensions spirituelles et personnelles de l’homme, de ses responsabilités éthiques, est la seule réponse créatrice face au destin d’un siècle destructeur. L’avenir de nos sociétés ne doit plus être lié aux seuls impératifs technologiques ou aux nécessités économiques, mais à l’entier de l’homme. Ce choix est proprement révolutionnaire, car il exige de l’homme qu’il change radicalement les finalités de la société, et appelle chaque citoyen à une prise en charge de son avenir pour remédier aux défaillances des États. Il est devenu urgent pour l’homme de maîtriser la Création, de faire œuvre d’imagination, d’intervenir de manière responsable en rétablissant les fins de ses actions et en construisant une société basée sur les rapports des personnes, des communautés vivantes et des régions. Dans cet essai de prospective personnaliste, au service de l’homme et non des États, donner un sens à l’avenir n’est possible et réalisable que dans l’accomplissement de la personne autonome et solidaire de la communauté, et de sa liberté, but dernier de la société. Dépassant les concepts de prospective et de futurible, Rougemont leur oppose l’idée de prophétie, laquelle prévoit les conséquences lointaines des actions humaines. D’où un appel à une conversion, au sens biblique de ce terme, fondatrice d’une utopie: «situer au centre de l’homme le centre de la société». (Bruno Ackermann)