Les Mythes de l'amour
Les Mythes de l’Amour (1972)
Cet ouvrage, dont le titre est emprunté au Lévithique (XIX, 18), reprend les thèmes essentiels développés dans L’Amour et l’Occident. Il se compose d’opuscules critiques sur les mythes de l’amour dans les littératures des XIXe et XXe siècle, dans l’histoire des religions, pour démontrer que le «mouvement d’aller et retour du religieux à l’érotisme est un des secrets de la psyché occidentale» et que les Mythes, puissants ordonnateurs des désirs, des passions et de l’amour, permettent de poser le vrai problème éthique et religieux, celui d’ordonner les décisions et les finalités de la personne: la liberté. L’auteur ouvre la voie à une recherche fondée sur une dialectique de l’amour et de la personne, deux réalités que Marx et Freud ont éliminés de leur système de pensée. Dans une première partie, l’auteur apporte des réflexions neuves sur les métamorphoses de Tristan au XXe siècle dans les œuvres de Nabokov, Musil et Pasternak, puis des regards croisés sur Kierkegaard, frère vivant d’Hamlet, écartelé entre les deux formes de l’amour, sur Nietzsche, Don Juan de la connaissance, poursuivant seul une vérité introuvable, enfin sur la personne ambiguë de Gide, où coexistent, voués à l’échec, les mythes de Tristan et de Don Juan. Par ces rapprochements, l’auteur démontre la présence active des mythes dans les choix de l’homme occidental. Dans une seconde partie, l’auteur confronte les conceptions occidentale et orientale de l’amour, celle qui dissout le moi et celle qui le transfigure. Se référant à la pensée de Kassner, l’auteur invite à créer de tout son être des faits nouveaux, à aimer le meilleur de l’autre et de soi. Si l’Occident est terre d’un conflit permanent entre morale religieuse et érotisme, l’Orient au contraire ignore les préjugés qui font de l’amour-passion le centre de l’amour, et qui lient l’érotisme à un obscur sentiment de culpabilité. Des trois écoles de l’amour, la personne conceptualisée par le christianisme, l’ange de l’Iran des spirituels, l’absolu bouddhique et taoïste, ressort l’existence d’une dualité, d’une tension entre l’individu et le «vrai moi». Pour aimer, il faut être deux. Sans amour de soi-même, point d’amour du Prochain. L’auteur défend ici une vision moniste de l’Amour, car l’être même de l’Amour recrée la multiplicité des personnes et la préserve au sein de l’Unité. Aimer mieux, inventer un mythe de l’amour heureux et vrai. (Bruno Ackermann)