Les Personnes du drame
Les Personnes du Drame (1947)
Dépassant une simple approche de critique littéraire, l’auteur se livre à des exercices spirituels, à une méditation sur les rapports entre des œuvres d’écrivains et les données de leurs vies «personnelles», dont la mise en tension a produit les formes qu’on y observe. La sagesse d’un Gœthe, médiateur de valeurs irrationnelles et de valeurs personnelles, aboutit à une volonté d’agir dans le sens d’un équilibre vital. Chez Kierkegaard, la tension entre l’attestation des exigences de la foi et la forme du monde fonde une vocation martyre, de solitude et de désespoir. De la personne énigmatique de Kafka, prisonnière du drame de la culpabilité et de la lucide hésitation de l’homme confronté à «l’absurdité» du transcendant, naît le négatif d’une vocation. La doctrine de Luther illustre le triomphe d’une parole mortelle et salutaire, la liberté de la personne par rapport aux données naturelles, laquelle lui est donnée par la vocation reçue de Dieu. L’œuvre de C.F. Ramuz traduit une lutte de l’authenticité et de l’élémentaire contre l’artificiel, une tension créatrice qui lui donne sa véritable «raison d’être». Par ce choix délibéré de figures qui, chacune à leur manière, reflètent un drame de la création, l’auteur met l’accent sur la tension libératrice entre la personne et l’œuvre, cette dernière étant le témoignage visible et tangible d’un drame entre l’homme et la vérité totale de l’être. Aux pages consacrées au Journal de Gide, où se trouve posé le problème de la sincérité, s’ajoute une méditation sur l’art poétique de Claudel. Cet essai sur les rapports entre l’homme, l’auteur et son œuvre est parachevé par une étude sur la maladie romantico-mystique de la personne, illustrée par le Romantisme allemand et ses prolongements mortels dans le romantisme politique, qu’est le national-socialisme. (Bruno Ackermann)