La Part du diable
La Part du Diable (1942/1944)
Reprenant la phrase de Baudelaire, «La plus belle ruse du Diable est de nous persuader qu’il n’existe pas», l’auteur intente un procès spirituel au monde moderne et à la réalité morale d’une époque, à ses terreurs et ses passions collectives. Incognito pendant des siècles, le Malin trouve sa manifestation la plus forte dans la figure d’Hitler, parfait alibi du Diable dans les temps modernes, tour à tour Prince du monde, Tentateur, Accusateur et Menteur. Mais le Diable est bien plus que cela: il est «Légion», tant il trouve de formes dans les insignifiances, les lâchetés et les hypocrisies humaines. L’avènement des masses anonymes, lieux d’élection de la possession démoniaque, a engendré des formes de vie étrangères à la vocation profonde de la personne. Le Diable est partout et nulle part, derrière les masques totalitaires et démocrates, littéraires, religieux ou sentimentaux, en chacun des hommes, provoquant d’insidieuse manière la croyance en de nouvelles idoles, les faux dieux de la Raison, de l’Instinct et du Progrès automatique, en de fausses spiritualités, la Race et la Classe. La présence du Diable est fondamentalement une absence d’être, une négation de la personne, et reflète le culte de l’Avoir des civilisations modernes. Au désordre du monde, où la personne démissionne au profit de la masse, il faut opposer l’ordre de la Parole. À l’homme de réinventer le courage d’être vertueux, de retrouver la conscience immédiate à l’ensemble de l’univers, ses lois connues et ses mystères, le sens du prochain, la responsabilité, la solidarité, et la liberté incarnée dans la vocation particulière et concrète de chacun. (Bruno Ackermann)