Nicolas de Flue: légende dramatique en trois actes
Nicolas de Flue (1939)
Légende dramatique en trois actes, commandée par l’Institut neuchâtelois et composée aux jours les plus sombres de 1938 en vue des Journées neuchâteloises de l’Exposition nationale suisse, et mise en musique par Arthur Honegger. Le début des hostilités en Europe vint interrompre les répétitions et ajourner sine die la représentation prévue sous la forme d’un Festspiel. Nulle autre figure helvétique, tenue en haute estime par Luther et unanimement respectée au fil des siècles par le renom de sagesse qui entoura sa vie, par sa médiation décisive parmi les Confédérés qui, au sortir des guerres de Bourgogne, manifestèrent lors du Convenant de Stans (1481) leur solidarité devant le péril extérieur, ne pouvait mieux s’imposer à la méditation de l’auteur que Nicolas de Flue (1417-1487) pour célébrer, non point l’esprit d’une défense spirituelle au service de fins politiques, mais un esprit nouveau de résistance civique et spirituelle contre les inclinations malsaines. Symbole protecteur de la Confédération, ancêtre du pacifisme moderne et témoin d’une chrétienté unie, le Solitaire du Ranft incarne pour Rougemont «la principale force morale et politique» de la Suisse et une volonté de défense du pays devant la contagion des idéologies nouvelles et les menaces de toutes sortes qui planaient au-dessus d’elle. Cette œuvre de foi, rigoureusement conforme à la vérité historique et respectueux de l’esprit de la légende, devait incarner la force intérieure et la conscience mobilisée des Suisses, insuffler une dimension historique à leur identité commune et leur lointaine indépendance. L’auteur tentait d’éveiller la conscience helvétique par la présentation d’un destin exemplaire qui «fit intervenir des forces individuelles mais engagées dans une communauté réelle». (Bruno Ackermann)