Politique de la personne: problèmes, doctrines et tactique de la révolution personnaliste

Kurzkritik

Politique de la Personne (1934, éd. augm. 1946)

Parmi les ouvrages fondateurs du courant personnaliste, ce recueil d’essais pour la plupart publiés dans la revue Esprit, postule le primat de la personne et de son lien indissoluble à la communauté. L’auteur y exprime sa volonté de rendre l’homme, en charge d’une vocation intime qui n’est pas un droit, mais une parole reçue de Dieu et obéie, à son destin spirituel. Dans son diagnostic de la crise de civilisation, Rougemont observe que l’homme moderne a perdu la mesure de l’humain, et que le devoir des intellectuels est de conduire une critique des mythes, de rétablir les valeurs fondamentales et concrètes de la personne, et de bâtir des institutions qui la respectent, le fédéralisme. Développant une critique du marxisme proche de celle de Berdiaeff, l’essayiste voit dans le communisme un abaissement de l’humain. L’auteur dénonce à la fois l’uniformisation des systèmes totalitaires, le conformisme bourgeois et l’oppression capitaliste, l’illusion d’une démocratie individualiste, et la montée en puissance des grands mythes collectivistes nés des maladies de la personne, lesquels expriment l’attitude démissionnaire de l’homme. Face au péril totalitaire, il s’agit de retrouver le sens profond d’une politique et d’une société à «hauteur d’homme», «dont le principe de cohérence s’appelle la responsabilité de la personne humaine». Ce livre de doctrine, où s’affirme une vision protestante dans la ligne de Kierkegaard et de Karl Barth, ouvre une voie originale au sein du mouvement personnaliste. La personne, c’est l’homme en acte, libre et responsable, module universel de toute communauté humaine, consciemment et volontairement engagé. Distincte de l’individu, la personne représente l’attitude créatrice de l’homme, et vit dans le risque et dans la décision. L’auteur prône une politique du «pessimisme actif» (ou d’un «activisme sans illusions»), fondé sur un acte de foi chrétien né au cœur du désespoir, où toute action humaine doit être menée en fonction des fins dernières. (Bruno Ackermann)