Les Méfaits de l'Instruction publique
Les Méfaits de l’Instruction publique (1929)
Dans ce véritable réquisitoire contre l’instruction publique, l’auteur dénonce les «prisons» de son enfance: pêle-mêle, le conformisme ambiant, les certitudes apprises, le rêve raisonnablement organisé, la soumission des esprits, l’égalitarisme des connaissances, le gavage des cerveaux par le recours au manuel, la conception pénitentiaire de la discipline, la culture de l’esprit démocratique dans ses aspects les plus négatifs, c’est-à-dire le refus de la différence. Le système scolaire est un rempart contre l’expression de la différence, contre la reconnaissance de l’altérité, c’est-à-dire les valeurs mêmes qui sont à la base de l’apprentissage de la démocratie. Mais ce ne sont point les fondements de la démocratie, en tant que système politique, en tant que valeurs humaines qu’elle peut incarner qui sont attaqués ici, mais surtout ses dysfonctionnements, ses dérèglements, dus moins à l’idéologie qu’au pouvoir arbitraire que s’est attribué l’État en matière éducative. L’école, devrait apporter à l’enfant «des modèles de pensée, un entraînement de l’esprit, au lieu d’une somme de connaissances mortes». Les valeurs de l’âme dont parle l’auteur sont celles qui développent les «ressorts de la révolte» et la «libération d’une personnalité», c’est-à-dire les vertus de l’imagination et la liberté créatrice, l’esprit d’invention et la culture de la différence, tout ce que l’école a brisé, parce qu’elle «s’est vendue à des intérêts politiques». Telle est en définitive la trahison de l’instruction publique, et par elle, la trahison de la démocratie. C’est l’homme tout entier qu’il s’agit de retrouver, l’homme libre, non le citoyen, bagnard de son état, comme voudraient l’y préparer les hommes politiques. (Bruno Ackermann)