Nationalité frontalière Chroniques
Comment dépasser le nationalisme, cette conscience qui nous colle à la peau? Est-ce que quelques principes mondialistes suffisent? Et à quoi ressemblerait une modeste démarche pour apprendre à piétiner les frontières...? Celle qui consiste à aller s'installer de l'autre côté d'une frontière est-elle suffisante, puisqu'elle permet de regarder la France et la Suisse d'un même regard, avec la même nostalgie, sans se laisser prendre aux pièges de la patrie... mais est-ce la bonne méthode? Telles sont les questions que se pose Daniel de Roulet. Tout au long de ces chroniques, l'auteur regarde la France à partir de la Suisse, puis inverse son point de vue. Il parle des paysages suisses, de ses artistes, ses politiciens, ses commémorations, ses Juifs. Non sans humour, avec l'ironie du contrebandier, l'auteur réclame le statut de Julien Gracq revendique pour ses personnages: NATIONALITÉ FRONTALIÈRE.
Chroniques sans frontières
[...] Daniel de Roulet s'est posté au bord de la frontière [...] pour observer la Suisse, "vivre de l'extérieur" son pays de naissance. Il aimerait apprendre à franchir les barrières en riant et guérir de son "infection patriotique". Commence un long travail d'observateur impliqué et ironique.
[...] Hélas, un patriotisme clandestin sommeille en lui... Fortes et mélancoliques, ces chroniques esquissent le portrait d'une Suisse tiraillée par la modernité. Elles se résignent à la terre natale, en quelque sorte. (Isabelle Falconnier, L’Hebdo, 24.04.2003)
Écrire sur rien
"Exilé" en France, l'auteur suisse observe au jour le jour les variations frontalières
[...] Nous voici donc avec lui, de ci, de là, une frontière de temps en temps, un peu ridicule à son avis mais qui fouraille quand même son intimité de Suisse quand, côté France, il se sent étranger.
[...] Il dit quelque part "les frontières, on s'en fout", et le problème est réglé.
Cependant, il ne l'est pas. Plus elles passent ; plus ses chroniques délaissent la France pour s'alanguir côté suisse, attirées par la rage de leur auteur à comprendre pourquoi, sacré nom de bleu, il est Suisse et pas autre chose.
[...] On se fout de la frontière, mais la frontière ne se laisse pas faire. (Joëlle Kuntz, Le Temps, 03.05.2003)
Poètes, vos papiers!
CHRONIQUES
[...] Daniel de Roulet observe la France, la Suisse, et surtout la frontière. Bizarre objet virtuel, symbole des pires nationalismes et des rejets vers la mort, la frontière lui inspire une suite de chroniques, Nationalité frontalière, pour reprendre la très subtile expression de Julien Gracq. Une réflexion [...] qui consiste surtout à défendre l'idée que les artistes n'ont pas de papiers d'identité. [...] Mais plutôt un génie du lieu qui les inspire. [...] (Jacques Sterchi, La Liberté, 17.05.2003)
La Suisse en contrebande
[...] Dans Nationalité frontalière, Daniel de Roulet pratique à merveille l'art du décentrage, en multipliant ses points de vue. Avec humour, chaleur et pertinence.
Si les dissertations portant sur l'identité suisse sont le plus souvent assommantes, il est assez regrettable, en revanche, que les écrivains de ce pays, en Suisse romande tout au moins, ne s'engagent pas plus dans l'observation et la discussion des particularités de la petite mosaïque culturelle que nous constituons au sein de l'Europe. Plus qu'un idéologue ou qu'un historien, un journaliste ou un politicien, un écrivain nous semble, et d'abord parce qu'il travaille le matériau de la langue, le capteur sensible le mieux approprié, sinon à la définition, du moins au repérage "en mouvement" de caractères (plus ou moins) communs et de façons (plus ou moins) caractéristiques de vivre (plus ou moins) ensemble.
C'est du moins la réflexion que nous inspire la lecture des chroniques réunies par Daniel de Roulet dans Nationalité frontalière où, loin de définir la Suisse et ses habitants, l'écrivain s'attache à une suite d'observations qu'on pourrait dire "par défaut" ou par mises en rapport diversement éclairantes, comme le firent en d'autres temps un Charles-Albert Cingria ou un Robert Walser, autres saute-frontières.
Genevois de naissance mais Jurassien de cœur (il y a passé son enfance et dit aimer plus que tout la "permanence, l'immobile beauté du Jura") pratiquant le bilinguisme mieux que certains de nos douaniers, et farouchement attaché à notre pratique séculaire de la démocratie directe, Daniel de Roulet a fait l'expérience récente de "vivre un pays de l'extérieur" en s'installant à Frasne-les-Meulières, sur France.
De ce lieu qu'il commence à décrire par petites touches où apparaissent aussitôt des «nuances» françaises, il ne va cesser de se déplacer, dans ces chroniques, d'un côté à l'autre de la frontière et de bien d'autres, à travers l'Europe, le monde et le temps, de la Chine de Mao à l'ère, en Suisse, des fiches ou à celle des sans-papiers. [...]
Un hommage à Paul Grüninger (ce gendarme suisse non aligné qui sauva plusieurs milliers de juifs) nous rappelle que la frontière entre "bons et "mauvais" Suisses n'est pas plus fiable que les mythes de l'innocence ou de la perversité foncière de notre pays.
D'excellents exemples, tels Hodler le peintre, ou l'ex-ambassadeur Paul Wurth que scandalise le rapport de l'Office fédéral des étrangers de 1997 (auquel il va dire son fait à Berne en compagnie de l'écrivain), illustrent enfin la conception saine, frondeuse mais jamais dogmatique non plus de la démocratie vécue que Daniel de Roulet continue "malgré tout" de prôner et de vivre à sa façon, en citoyen autant qu'en écrivain. (Jean-Louis Kuffer, 24 heures)