Tu là-haut

La poésie de Sibylle Monney évolue sur une mince ligne de crête – là, elle évite miraculeusement tous les pièges.
À la question: comment témoigner à la fois des possibilités du langage, de ses prestiges, sans pour autant éluder son évidente précarité (qui est également la nôtre), le poète répond en quelque sorte obliquement.

Par un travail lexical d’abord, l’étonnante juxtaposition du plus pesant, menaçant, « réel » (chasse-neige, grue aux poutres jaunes, silo à béton, tronçonneuse, scintillantes constellations) et du plus doux, du plus enfantin (biches, bûches, faons, sans oublier ces oeufs de Pâques comme une autre constellation à ras de terre). Un travail syntaxique radical ensuite, à la fois dislocation du langage commun et mystérieux remembrement de celui-ci à travers et au-delà du fragment (la manifestation peut-être la plus spectaculaire de ce double phénomène étant l’effacement dans ce nouveau recueil de toute marque de ponctuation, qui accroît au maximum la tension entre les mots, les segments de phrases). Le langage une fois porté à ce degré d’ébullition, parler de l’enfance sans ombre de nostalgie est possible ; et témoigner du mystère poignant de l’existence (sans tomber dans l’obscurité), évoquer
une terre (le Valais) en évitant tous les clichés paysagistes ou régionalistes. À partir de là, la poésie de Sibylle Monney peut s’élancer, plonger profondément en nous…

(Présentation du livre, Laurent Cennamo, Samizdat)

Kurzkritik

Tu là-haut est le deuxième recueil de Sibylle Monney publié aux éditions Samizdat. Avec une écriture fine et ciselée, spatialisée par un tracé sineux sur la page, la poète suggère un paysage valaisan et les ruptures qui l´habitent. Elle révèle un monde où «promoteur» et «tronçonneuse» côtoient une nature traversée par la présence furtive de silhouettes animales, réveillée, de temps à autres, par les mots de l´enfance. Une absence souterraine se dessine en creux. Tout comme les relations entre les éléments, les vers sont rugueux, saccadés, heurtés par une violence discrète. Sans cesse, quelque chose «se tranche» sans que la cassure ne soit tout-à-fait actée pour autant. Sibylle Money suspend la ponctuation, les articles et la syntaxe, laissant les mots lier et délier ce que la grammaire aurait pris en charge. Plus que de dire, la langue met en œuvre. (Marina Skalova)