Les Grandes Vacances
Toujours cette ferveur, cette voix pressante, le feu qui couve ou dresse brusquement ses flammes dans une lueur inquiète.
D'abord le paradis, ses bêtes et ses fruits, la parole et l'ivresse, ensuite l'exil, le temps des défaites et de la patience, de l'usure, de l'absence qui dévaste nos terres.
Alors la quête, les déserts à traverser et les miroirs aussi, derrière lesquels coulent les sources des mots à retrouver, à reprendre, des mots pour notre soif – ces poèmes capables de nous emporter là où errance et solitude sont pour un instant abolies.
Sylviane Chatelain
Vacances douces-amères
Rencontre avec Caroline Schumacher, lauréate 2002 du Prix de poésie C.F. Ramuz
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Autour du manque
«Je tenais à ce titre, en raison de son ambivalence, les vacances, ça évoque la plage, le soleil, les pieds en éventail. Mais le terme signifie aussi l'absence, la béance, le manque, explique la jeune femme dans son petit appartement du centre-ville. Avec une volubilité qui trahit le souci d'exprimer au mieux sa pensée, d'approcher au plus près la justesse du propos. Dans ces poèmes, un mot revient de façon presque obsessionnelle: entaille». Mot inépuisable qui renvoie tout à la fois au sexe féminin, à l'encoche blessant la plénitude, à la faille qui, une fois quittée l'enfance et sa candide appropriation du monde, se glisse dans notre rapport aux autres, aux objets. «Rien, pas même la poésie, ne peut combler le manque, la déchirure, mais ceux-ci peuvent être féconds si on sait les apprivoiser, les réenchanter, la poésie cherche comment parler autour de ce vide, elle permet d'en caresser les contours».
Élève précoce, Caroline Schumacher s'est intéressée à l'écriture, et à la lecture, dès qu'elle fut en âge de tenir un crayon. Enfant, elle fabriquait de petits carnets pour les noircir. Universitaire, elle trouve dans l'écriture «un défoulement, contrepoids» à ses études de lettres. Stimulée par ses lectures – Jaccottet, Chappaz, Breton, Char, d'autres encore dont elle vient éparpiller les recueils sur la table –, l'étudiante jette, d'un trait, ses poèmes sur le papier. Séparant, immédiatement, l'ivraie du bon grain. «Quand le premier jet est mauvais, on peut, à la rigueur, garder un bon vers, mais c'est pour tout recommencer autour. Un poème ne se fabrique pas comme une montre, on ne peut en changer une seule pièce, ni rajouter de la beauté après coup».
Épaulée par un souci de perfectionnisme, la pratique de la critique littéraire vient, pourtant, ébranler la confiance de la jeune femme. «À l'adolescence, on trouve légitime de faire le plus de bruit possible, d'écrire pour exprimer ses rages. Après, il faut asseoir cette légitimité. Je voyais mes influences romantiques, il m'a fallu cerner ce qui était accessoire et ce qui relevait d'une voie féconde de recherche». Portée, par tempérament, au lyrisme flamboyant, un style qui, reconnaît-elle n'est plus d'époque, Caroline Schumacher a su en assourdir les éclats: «Je parlerais de lyrisme qui hésite et qui claudique, de lyrisme mis à l'épreuve: on le somme de dire des choses qui fassent sens».
Des lettres au droit
Une fois sa licence en lettres en poche, la jeune femme n'envisage pas de vivre de sa plume, mais d'embrayer sur des études de droit qui lui permettraient par la suite, d'apporter des réponses concrètes à ses indignations. Elle n'en ressent pas moins l'écriture comme un besoin, une nécessité de s'adresser à un Autre, aussi lointain soit-il. «Est-ce à toi que je parle ou à l'ombre?», s'interroge-t-elle au terme de son recueil. «Je me suis, effectivement, demandée si on ne me comprendrait, si ces poèmes trouveraient à qui s'adresser». Le prix Ramuz, ainsi que les réactions, très positives, de ses premiers lecteurs, devraient calmer ses inquiétudes… (Dominique Bosshard, L’Impartial, 18.11.2002)
Colpiscono per cominciare, in Caroline Schumacher, gli incipit, folgoranti ma duri: "Il m'ont laissé des désert magnifiques", "Mon amour n'aura pas la confiance de la cire", "tendre patience avant l'été qui mangera mes yeux". Come se per cominciare, la poetessa volesse gettare nel verso una parola statuaria, solida, ancorché dolorante. Si ha però l'impressione che a questi versi che rivelano un talento tormentato, non corrisponda sempre una vera discesa verso una poetica propria: le immagini – ricorrenti e segnate da pochi indizi semantici: la pelle, la ferita, il taglio nella sfera del corpo metaforizzato nel paese; le ali, il nero, la neve nella sfera dell'anima – hanno un'aria di déjà vu: i modelli sono forse ancora troppo presenti (Char e Jaccottet in particolare) ed è difficile capire, in queste poesie estremamente lontane da qualsiasi tentazione descrittiva o transitiva, quanto provenga davvero dalle profondità di una lacerazione, dopo aver solcato i deserti del puramente altro dell'immaginario – e quanto invece non tenti ancora di dimostrare una "tenuta poetica" attraverso formule ormai ben stabilite nel sentire lirico contemporaneo. In questa direzione, in effetti, la raccolta sembra via via sfilacciarsi e ritornare continuamente alle proprie immagini, come se il volo (talvolta evocato) non fosse mai (per principio forse?) possibile. Per ora preferendovi metafore fin troppo lussureggianti e una tensione metonimica un po' dimostrativa. Il tema centrale della raccolta, però, l'incontro amoroso con la sua ferita implicita e il suppurare dell'antico timore dell'abbandono (in una sorta di cantico dei cantici capovolto) è quel che questa giovane poetessa ci offre in modo più convincente ed acuto, dimostrando una capacità di calare nel corpo (o meglio nella pelle, vero doppio allusivo) l'angoscia e la paura ("J'éprouve ta caresse difficile", dice ad esempio). Resta però soffocato il grido, un vero grido che vinca le convenzioni poetiche e che probabilmente potrebbe aggiungere a questi versi una forza comunicativa ancora segregata. (Pierre Lepori, Radio Svizzera Italiana - Rete2)