Janice Winter

Horst, enfant bâtard "conçu dans un éclat de rire", disparaît le jour de ses dix-huit ans, emportant l'argent et les bijoux de sa mère. Non pas pour voler, mais parce que la voix de son père inconnu, que lui seul entend, lui a confié une mission: "déplacer en secret les objets qui aimeraient trouver leur vraie place dans ce monde."
Huit ans plus tard, Horst revient clandestinement rue des Foudres, dans la maison que sa mère partage avec la famille Winter, afin d'achever sa mission et de voir enfin son père se révéler à lui. Léa, seize ans, et Janice, dix ans, deviennent vite ses complices éblouies d'amour, "ses infirmières préférées et nocturnes, ses postes de secours". Car la folie du pitoyable et envoûtant bâtard transforme le vol, la désobéissance et le désir de mort en attraits irrésistibles. Grâce à lui, le temps d'un été, le merveilleux surgit dans le monde quotidien.
Sur le thème de l'intrus – l'intrus dans sa propre demeure, qui n'a pas trouvé sa place dans le monde, et peut-être, aussi, celui qui surgit dans le secret de nos fautes –, ce roman effleure les mystères de quelques doux illuminés et nous plonge dans l'univers fantasque de l'enfance en nous posant cette question: qu'est-ce qui fait que certains êtres, un jour, sont saisis par la musique de l'imaginaire et mis en danger?

Presseschau

[...] La narratrice se souvient: Janice Winter, qui avait dix ans à ce moment-là, va tenter de restituer le monde tel qu'il apparaissait alors à ses yeux d'enfant – elle le décrit peu lisible, presque indéchiffrable dans une approche faulknérienne. Tout près d'elle, ou peut-être assez loin, Janice ne saurait le dire, il y a ses parents, qui, malgré tout leur amour pour Léa, leur fille aînée, n'ont pu l'empêcher de faire une tentative de suicide.
[...] Dans son monologue, la narratrice essaie de définir la lisière qui sépare la vie raisonnable, familiale, et la folie, sœur du rêve, qui rôde sous l'aspect d'un petit-cousin plus âgé qu'elle, Horst, réapparaissant huit ans après sa fugue.
[...] Comme la Maisie de Henry James, Janice scrute des images du passé, leur couleur, leur densité; elle tente aussi d'évaluer le poids des mots, des phrases prononcées par les parents et dont Léa n'a pu se contenter. (Francine de Martinoir, La Croix, 28.08.2003)

L'été des Winter
Séduction et ravages de la folie sous le regard d'une petite fille.
[...] Pour donner une idée de ce livre qui porte son nom, citons à nouveau Janice Winter: "L'intrusion et le dérangement auraient pu m'anéantir car j'étais encore entièrement constituée de moi-même, d'une densité d'enfant. Mais en un clin d'oeil, sous l'effet d'un charme, et d'une foule de mots qui tels des outils d'or et de lumière entrèrent et travaillèrent en troubillonnant dans mes veines, celles-ci s'élargirent et je ne fus pas anéantie."
[...] Tout est image, visions, chez Janice et les siens. Ils regardent les mots. Leurs sensations ont des couleurs, leurs sentiments sont mesurables en volts. L'auteur est fort capable de traiter sur le même plan un chapeau et des illusions, en les coinçant sous un tabouret. L'abstraction change de statut.
[...] Une voix ordonne à Horst de déplacer les objets, Horst est malade. "Bien sûr, s'apercevoir un jour que son enfant transparent et heureux de vivre abrite en lui son contraire est une épreuve presque indépassable pour les parents", dit la mère de Horst, car il s'agit d'un livre sur la folie. "Il n'est pas malade, il accomplit une tâche", proteste Janice, voilà comment Janice Winter peut être à la fois un tombeau et un tableau. (Claire Devarrieux, Libération, 04.09.2003)

Rose-Marie Pagnard pare le deuil d'or, de cuivre et de lumière
Une petite fille doit porter des secrets trop lourds pour elle. Une famille est ravagée par les dérives de ses enfants perdus. Mais cette tragédie se déroule avec légèreté, comme dans un rêve ou un conte de fées.
Une lumière dorée baigne les livres de Rose-marie Pagnard; ce scintillement éblouit et fait oublier dans un premier temps l'extrême mélancolie du propos. [...]
Dans Janice Winter, dès les toutes premières lignes, l'or, le cuivre d'une saison brûlante masquent le froid mortel tapi dans le patronyme de l'héroïne.
Janice Winter se souvient, vingt ans plus tard, de ces journées de l'été 1982. [...]
D'abord, Janice dit "je", puis elle prend de la distance, regarde de loin, de haut, le tableau qui "fixe pour toujours dans un bonheur précaire" la famille Winter réunie autour de la table. [...]
Horst est un Arlequin aux cheveux jaunes, un joueur de flûte de Hameln que les filles sont prêtes à suivre mais qui s'égare lui-même, un voleur d'étincelles. Il obéit à un devoir étrange qui le contraint à remettre à leur juste place les objets dévoyés. Dans la vie ordinaire, cela s'appelle du vol; dans le monde où erre le bâtard, c'est un acte de justice. Horst, le revenant clandestin, va faire des deux enfants ses complices, entraînant d'abord la grande puis la petite dans une alliance trop lourde. [...]
Dans cet univers de conte, les arbres, les objets, les mots même vivent leur vie propre. [...] Les adultes ont besoin d'être préservés, tâche écrasante pour une petite fille. Souvent, elle doit fuir sa peur et celle des autres dans le sommeil. [...]
Le souvenir du grincement des bouteilles que les parents débouchaient au cours de leurs fêtes sacrilèges éveille un autre bruit, celui d'un couvercle de cercueil que l'on visse: c'est tout ce que nous saurons de la fin de Léa, "notre fardeau resplendissant que nous tenons par la main, tout au bord de l'abîme". (Isabelle Rüf, Le Temps, 30.08.2003)