Comme si je n'avais pas traversé l'été
Roman

En quelques secondes, le tissu de la vie d'Alia bascule lorsqu'elle apprend, un certain jour de juillet, que la mort de son mari est imminente et que sa fille Florence, soignée pour un cancer, est en sursis. Elle assiste impuissante à la tragédie qui se déroule sous ses yeux et jusqu'à la fin du temps de Florence, passera par divers états, peur, angoisse, moments d'hébétude, révolte, mais saura, aussi, développer des résistances au malheur et capter les rayons de cette lumière étrange que lui envoie l'envers du miroir.

En direct avec l'auteure – Comme si je n'avais pas traversé l'été est un roman écrit à partir d'une tragédie que j'ai dû apprendre à vivre, au jour le jour, pendant plusieurs années. Je me croyais, comme beaucoup de quinquagénaires, à l'abri de toutes les mauvaises surprises lorsque j'ai été contrainte à un séjour inhabituel près de la mort: ma fille aînée, atteinte d'un cancer, commençait une chimiothérapie au moment où mon père mourait. C'était en été. L'année suivante, à la même époque, mon mari s'en allait d'un cancer foudroyant tandis que les médecins me confirmaient que celui de ma fille n'offrait que très peu de chances à terme (en réalité, ils la savaient déjà condamnée).

J'étais ainsi engagée dans un tourbillon de mort, à guetter un éventuel miracle – dont la nature est avare. Le temps du deuil se transformait en attente pour ma fille, qui allait passer d'opérations en nouvelles chimiothérapies. Chaque traitement me condamnait à l'espoir, en même temps que grondait la révolte de voir toutes les violences faites à ce corps juvénile, et cela jusqu'à la mort.

Le tissu de ma vie s'étant ainsi défait, j'ai éprouvé le besoin d'écrire un roman à la troisième personne, pour dire ces choses terribles et peu crédibles, en même temps, apprises sur le tas. J'avais besoin d'un personnage, comme intermédiaire entre la destinée qui me frappait et moi. Je lui ai donné le nom d'Alia (du latin «de l'autre côté»). Des passages, écrits sur le vif, prenaient une autre allure grâce à ce stratagème, alors j'ai confié à Alia la responsabilité de garder une distance entre l'indicible et moi, elle seule pouvait restituer l'histoire sans la faire tomber dans le mélodrame, tout en me permettant de voir la situation avec une certaine ironie.

J'ai voulu dire, avec simplicité, le tragique et la douleur de la perte et de la mort.

Janine Massard

Presseschau

Au clair de l'amitié
Dans une sorte d'avant-propos très intime à son étrange et beau roman, Janine Massard écrit ceci: «Un mort vous apprend aussi à vivre et [...] l'envers du miroir laisse filtrer une lumière qu'il faut apprivoiser pour la capter.» (Comme si je n'avais pas traversé l'été, L'Aire, Lausanne, 2001.)
[...] Il faut trente ans pour faire un homme, il faut une minute pour le détruire, et le roman de Janine Massard vient dire une chose infiniment simple et belle: «Rien ne nous prépare à vivre une tragédie.» Chacun de nous le sait, mais il ne sait pas combien est vrai ce qu'il sait. (Jean Romain, Le Bloc-Note, 30.10.2001)

Une fiction qui est censée apaiser une douleur bien réelle
Trois proches de l'auteure meurent successivement d'un cancer.
Janine Massard (ou Alia) tente de dépasser la douleur par la fiction.
Bernard, le père, et Florence, sa fille, succombent à quelque temps l'un de l'autre au même type de cancer. Un an auparavant, déjà, c'était la mort du père d'Alia, qui perd ainsi trois proches en quelques années. Mais ce sont les parcours du père et de la fille que Janine Massard relate, s'arrêtant plus en détail sur la lutte extraordinairement courageuse de la jeune fille qui traite sa maladie «comme s'il s'agissait d'un rhume».
[...] On retrouve dans ce livre la manière de Janine Massard de mélanger les niveaux de langage, du moins dans les deux premières parties; curieusement, la partie par «je» est certainement la plus harmonieuse sur le plan stylistique, de la forme d'harmonie que l'on décelait dans Ce qui reste de Katharina, le précédent roman de l'auteure. (Monique Laederach, La Liberté, 27.10.2001)

La pige à la mort
Janine Massard, dans un livre pétri de terrible douleur et d'humour panique, exorcise un triple deuil. Beau et poignant.
[...] En écrivain, Janine Massard se montre hypersensible au poids des mots, lorsque bascule par exemple le sens de l'adjectif «flamboyant» (marquant la victoire de la lumière) pour qualifier la «tumeur flamboyante» qui frappe soudain Bernard, le mari de la protagoniste. De la même façon, la romancière recrée magnifiquement les atmosphères très contrastée dans lesquelles baigne Alia, entre pics d'angoisse et phases d'attente-espoir, que ce soit dans la lumière lémanique (Alia, comme son père, était «du lac» et très proche de la nature maternelle), les couloirs d'hôpitaux où se distillent les petites phrases lamentables des techniciens-toubibs si peu doués en matière de relations humaines, ou en Californie dont les grands espaces et la population déjantée conviennent particulièrement à sa grande fille nique-la-mort. Par ailleurs, le recours à l'humour multiplie les ruptures heureuses... (Jean-Louis Kuffer, 24 heures, décembre 2001)